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"Une explication est limpide lorsqu'elle entre dans ta tête comme du beurre dans ton cul", Rafael Eliyahu
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MessagePosté: 14 Juin 2008, 20:37 
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Je connaissais pas du tout ce type qui mérite bien un post (cà lui fait une belle jambe tiens)
alors pour une fois je dis

VIVE LE CURE

Citation:
L'extraordinaire aventure du curé Meslier se situe à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècle, ce qui explique la place de ce chapitre ici. Charnière chronologique d'abord puisque Jean Meslier naît en 1664 et meurt en 1729 soit quatorze ans après la mort de Louis XIV. Charnière intellectuelle aussi parce que ce scandaleux curé est nourri de la pensée de Descartes et des libertins, mais préfigure aussi de nombreuses idées du Siècle des Lumières, le dépassant même parfois en hardiesse.


ce curé s'occupe de sa paroisse, meurt, et on découvre un drôle de bouquin:

Citation:
Seulement, le brave curé Meslier avait, année après année, avec une ténacité indomptable, préparé une bombe à retardement. Quand, alerté par les villageois, un curé du voisinage arrive au presbytère, il découvre des textes tout à fait scandaleux. Le curé Meslier dit ce qu'il pense : les religions, toutes, y compris celle dont il a été un officiant pendant quarante ans, ont été inventées par des crapules pour opprimer le peuple. Le Livre présenté comme exprimant la parole de Dieu relève de l'imposture. L'intitulé ne laisse aucun doute :

Sur une partie des Erreurs et des Abus
de la Conduitte et du Gouvernement des Hommes
où l'on voit
des Demonstrations claires et évidentes
de la Vanité et de la Fausseté
de toutes les Divinités
et de toutes les Religions du Monde


La situation est des plus compliquées. Il s'agit d'un cas patent d'apostasie. Plus question d'enterrer Jean Meslier dans le cimetière d'Etrépigny. Ce serait rendre le lieu impur à jamais. Alertées, les autorités de l'archevêché de Reims sont bien embarrassées. Surtout ne pas faire de vagues. Les réactions de ces paysans très attachés à leur curé sont imprévisibles. Le scandale d'une cérémonie d'expiation risquerait de faire plus de mal que de bien. Il faut étouffer l'affaire. La mort du curé n'est même pas inscrite sur les registres de la paroisse. On enterre le corps rapidement, sans cérémonie, peut-être dans le jardin, personne ne sait vraiment où. Il ne resterait plus qu'à détruire cet écrit infâme et tout rentrerait dans l'ordre.

Seulement le curé Meslier n'était pas tombé de la dernière pluie et connaissait sa hiérarchie. Il avait pris ses précautions. Nuit après nuit, il avait recopié les centaines de pages de l'original, établissant deux copies, peut-être trois, qui furent mises en lieu sûr. On manque de détails sur la procédure, mais le résultat est atteint. Dans les années qui suivent, le texte du Mémoire circule dans toute l'Europe.


on la fait pas à papy :fr:
cà me fait bien marrer d'imaginer ce curé de campagne du 18ème faire les déductions qui suivent:

Code:
Le texte de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), l'abbé Meslier le connaît bien. Il l'a étudié au séminaire de Reims, n'a cessé de le fréquenter. Il le redécouvre aussi par le biais de ceux qui, avant lui, (Spinoza, Bayle, Simon) l'ont examiné comme un simple produit de l'histoire. À plusieurs reprises, il exprime l'idée de se trouver en présence de récits dus à des malades mentaux.

Jésus, qui s'annonce comme le fils de Dieu, comme destiné à devenir roi des Juifs et libérateur de ce peuple, qui promettait de descendre avec une équipe d'anges pour ressusciter les morts et juger tout le monde lui apparaît comme un « misérable fanatique et malheureux pendart  » à côté de qui Don Quichotte fait pâle figure.

Meslier, souligne, comme d'autres avant lui, les innombrables contradictions décelables dans le texte sacré, spécialement entre les différents évangiles. Il met aussi en exergue les inconséquences, comme, à titre d'exemple, le fait que Dieu ait pu s'intéresser au prépuce d'Abraham. Le même Dieu intervient personnellement pour empêcher le roi Guerara de coucher avec la femme d'Abraham et il fait périr soixante-dix mille personnes à seule fin de punir David d'avoir procédé à un recensement de son peuple.

Le mystère de la Trinité est une élucubration qui défie le bon sens : Meslier ironise sur les acrobaties logiques des théologiens pour expliquer les rapports entre ce Père qui a engendré un Fils, lesquels, ensemble, vont produire le Saint-Esprit : « Il faut effectivement l'avoir perdue [la raison], ou avoir renoncé entièrement à ses lumières, pour vouloir soutenir des propositions si absurdes que celles-là.  »

Il fait remarquer qu'adorer l'hostie censée être le corps du Christ, donc de Dieu, une « idole de pâte et de farine », est tout simplement de l'idolâtrie. Il s'interroge sur les paroles de Dieu disant à Moïse qu'il ne verrait pas sa face mais seulement son derrière. En prime sur ces paroles surprenantes venues du très Haut, nous avons le droit à l'interprétation qu'en donne un théologien, et pas des moindres puisqu'il s'agit de saint Augustin :

Dieu dit à Moïse qu'il ne verrait point sa face, mais qu'il verrait son derrière. La figure [de style] est que la face de Dieu signifie la divinité que l'on ne peut voir par les yeux du corps, et son derrière figure la nature humaine en Jésus-Christ, laquelle on peut voir ; il dit donc qu'il verrait son derrière, parce que les Juifs, qui étaient ici figurés par Moïse, ont vu le fils de Dieu dans son humanité.

Marc Bredel, dans sa bonne biographie, après avoir cité ces élucubrations de saint Augustin, conclut ainsi sur la question : «  Le Christ figuré par le cul de son divin Père, il fallait tout de même le faire !  »

Aux yeux de Meslier une autre histoire de fous.


et vas-y que je t'en mets plein la gueule à Descartes :

Citation:
Meslier croit à l'âme, mais seulement comme un principe vital qui anime le corps et meurt avec lui. Elle n'est pas immortelle. Elle ne correspond pas à une entité immuable qui agit sans se modifier. Il fait remarquer au passage que, dans l'Ancien Testament, il n'est nulle part question d'une âme immortelle. Pour Meslier, une seule réalité existe qui est la matière. « Or il est manifeste que l'être matériel est en toutes choses, que toutes choses sont faites de l'être matériel, et que toutes choses se réduisent enfin à l'être matériel, c'est-à-dire à la matière même. » Ou encore : « L'être et la matière ne sont qu'une même chose. » Le monde que nous observons vient d'une lente évolution de cette matière.

Cette absurdité de l'âme, conçue comme radicalement différente de la matière et exclusive à l'homme, apparaît bien quand ces philosophes parlent des animaux. Ils soutiennent la thèse complètement idiote qui voit les animaux fonctionnant comme des automates, sans pensée, dépourvus de sensations et ne souffrant pas. Meslier leur demande pourquoi la nature les a pourvus d'un cerveau avec ses fibres, et une chair vivante, si c'est pour ne rien sentir. Cette thèse de l'animal-machine, insensible à tout, heurte à un tel point le bon sens que pour une fois les paroissiens d'Etrépigny pourraient participer à la discussion :

Dites un peu à des paysans que leurs bestiaux n'ont point de vie, ni de sentiment, que leurs vaches et que leurs chevaux, que leurs brebis et moutons ne sont que des machines aveugles et insensibles au bien, et au mal, et qu'ils ne marchent que par ressorts comme des machines, et comme des marionnettes, sans savoir où ils vont. Ils se moqueront certainement de vous.


et vas-y que je te ressors les Grecs :

Citation:
Sur le problème du mal, Meslier reprend des arguments dont certains remontent aux anciens Grecs. Il y a contradiction entre un Dieu infiniment puissant et infiniment bon et le mal qui s'observe sur la terre. Il y ajoute sa réprobation de la souffrance infligée aux animaux. Les innombrables sacrifices qui émaillent le récit biblique le mettent hors de lui. Comment un Dieu bon peut-il éprouver du plaisir à cette incontestable souffrance d'êtres vivants dont on ne peut tout de même pas dire qu'ils sont punis pour avoir péché ?

Quel carnage ! Que de sang répandu ! Que de bêtes innocentes à écorcher ! Que de chairs à rôtir ! et à brûler ! Comment s'imaginer, et se persuader, qu'un Dieu infini en grandeur, en majesté, en douceur et infiniment sage, n'aurait voulu prendre pour ses sacrificateurs que des bouchers ? que des égorgeurs et des écorcheurs de bêtes, et qu'il n'aurait voulu faire qu'une vilaine boucherie de son temple et de son tabernacle.

Les ratiocinations et arguties des théologiens fâchés avec la raison ne convainquent qu'eux-mêmes. Qu'ils prennent la peine de quitter leur bibliothèque pour venir voir ce qui se passe dans un petit village des Ardennes.


et un ptit coup d'hédonisme, vas-y papy :

Citation:
Défense du plaisir

Cette Église catholique et apostolique a de plus le grand tort de glorifier la souffrance et de condamner le plaisir, trouvant le bien dans le mal et le mal dans le bien. Meslier est bien loin de son intransigeance pour les « affections de la chair ». Il n'a rien du curé paillard tel qu'il en existait plus d'un, mais on peut imaginer que les charmes de sa jeune servante ne le laissaient pas indifférent. Il suffit de lire entre les lignes. Parlant des plaisirs charnels, il écrit : « Mais sots aussi à mon avis, sont ceux qui par bigoterie, et par superstition, n'oseraient goûter au moins quelquefois ce qui en est [… ] » Sur la question de la sexualité, il ajoute qu'« Il y aurait encore plusieurs choses à dire sur ce sujet ». Malheureusement pour notre curiosité, il ne les dit pas.


il était une fois un curé qui rèvait de révolution :

Citation:
Contre une Église au service de l'oppression

Ce qui révolte le plus Jean Meslier est la façon dont les puissants écrasent le peuple. L'Église manque complètement à sa mission en se mettant au service de l'oppression. À chaque instant le pouvoir cautionne la religion et la religion cautionne le pouvoir. Ces pratiques ne datent pas d'hier. Aux yeux de Jean Meslier, Abraham déjà était un imposteur qui arguait d'apparitions divines pour justifier sa politique expansionniste. Or qu'en est-il exactement de ces nobles et de ces monarques si fiers de leurs origines ? Meslier, qui adore ce livre, cite L'Espion turc de Manara :

Les premiers parents de ceux qui font tant de bruit, et tant de cas de leur noblesse, étaient des gens sanguinaires et cruels, des oppresseurs, des tyrans, des perfides violateurs de la loi publique, des voleurs, des parricides.

"Unissez-vous donc, peuples, si vous êtes sages, unissez-vous tous si vous avez du cœur, pour vous délivrer de vos misères communes".


Ce brave curé précurseur des Lumières est allé plus loin dans sa critique que beaucoup de philosophes de son temps, qui tortillaient du cul et s'arrètaient à mi-chemin (Descartes...):

Citation:
Voltaire fait publier en 1762 des extraits de cette œuvre qui est si corrosive qu'il en réécrit et édulcore certains passages jusqu'à les rendre méconnaissables. L'athéisme radical du curé s'y trouve travesti en un déisme prudent. D'Holbach publia, quant à lui, Le bon sens du Curé Jean Meslier suivi de son testament.

Portée par la langue rugueuse de sa province, la pensée de Meslier annonce la Révolution française et, bien au-delà, le matérialisme, le communisme et l'anarchisme. Pour Régis Messac, le curé Meslier est un penseur libertin, « précurseur des philosophes qui proclameront bien haut leur croyance au progrès, et en la nécessité de ce progrès. »


aujourd'hui tout le monde connait les noms de Descartes, Voltaire, Rousseau, mais un curé qui va jusqu'au bout de la pensée émancipatrice, bizarrement, il a été "zappé" à la vue du grand public, des programmes scolaires, etc... ben voyons.

Citation:
La franchise posthume de Meslier, qui n’hésite pas à affirmer que bon nombre de ses paroissiens et, encore pire, d’ecclésiastiques (comme ceux des autres) ne croient plus et feignent d’avoir la foi, nous est révélatrice de la difficulté qu’avaient les Hommes du XVIIIe siècle d’exprimer en toute liberté leur sentiment profond face à la notion de Dieu. La diffusion des thèses de Meslier, premier véritable texte athée systématique, clair et franc, n’aidera évidemment pas les ecclésiastiques de l’époque dans leur lutte contre l’athéisme, qu’ils prêtaient, à tort ou à travers, à tout philosophe posant un nouveau système. L’athéisme franc de Meslier ne connaîtra que fort peu d’imitateurs au cours du XVIIIe siècle, sûrement, s’il faut en croire l’exemple de Meslier en raison du cadre rigide que posaient toujours les structures politico-religieuses du siècle. Cependant, Meslier avait franchi une limite, son texte annonçait que le terrain était désormais prêt pour la mise sur pied d’un discours athée systématique et sans compromis, discours encore contenu par des structures politiques certes, mais dont l’imminente disparition (la Révolution française, tout comme le vaste courant libéral qui secouera l’Europe est proche) permettra l’expression d’un véritable athéisme systématique et combatif, mené de leur vivant par des intellectuels qui ne reculent pas devant la crainte de l’Église ou l’argument ontologique.



http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Meslier


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MessagePosté: 02 Aoû 2008, 16:51 
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Le livre de l'abbé Meslier, tel que transmis par Voltaire, peut être consulté ici :

http://books.google.com/books?id=zDMHAA ... ry_r&cad=0

Je dis "tel que transmis par Voltaire" car je soupçonne fortement ce dernier, déiste convaincu, d'avoir altéré ce document pour faire la promotion de ses propres convictions religieuses.

Ce document d'un athée se termine en effet (page 364) sur ces accents typiquement voltairiens :

    "Je finirai par supplier Dieu, si outragé par cette secte, de daigner nous rappeler à la religion naturelle, dont le christianisme est l'ennemi déclaré ; à cette religion sainte que Dieu a mis dans le coeur de chaque homme, qui nous apprend à ne rien faire à autrui que ce que nous voudrions être fait à nous-mêmes. Alors l'univres serait composé de bons citoyens, de pères justes, d'enfants soumis, d'amis tendres. Dieu nous a donné cette religion en nous donnant la raison. Puisse le fanatisme ne la plus pervertir ! Je vais mourir plus rempli de ces désirs que d'espérance."

Certaines éditions concluent (en insistant trop pour être honnête, à mon avis) : "Voici le précis exact du Testament in-fol. de Jean Meslier. Qu'on juge de quel poids est le témoignage d'un prêtre mourant qui demande pardon à Dieu. Ce 15 mars 1742."


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MessagePosté: 03 Aoû 2008, 00:34 
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il a vraiment existé et été curé ? Cela me paraît un peu gros... :look:


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MessagePosté: 03 Aoû 2008, 03:18 
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Disons que les preuves de son existence et de son sacerdoce sont historiquement plus nombreuses et plus étayées que celles de jésus. Cela répond à ta question ?


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MessagePosté: 04 Aoû 2008, 17:00 
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Oui, merci. Le doute de son existence ne se pose pas.

Par contre, ce qui me froisse un peu, c'est comment il a exercé son métier ? Que disait-il en enseignant ? Pourquoi personne n'a été choqué ? Comment a-t-il vécu au jour le jour ? Je me demande ce qui se passait bien dans sa tête, étant donné qu'il était là pour le bien de la religion. :?:

J'ai lu ses écrits sur le net ; en fait, il défend l'idée que la religion est une pure invention de l'esprit, et que, aussi, elle enferme les gens dans un système, comme si elle aliène la liberté (agir de telle ou telle façon). :cry:


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MessagePosté: 04 Aoû 2008, 21:27 
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Talleyrand a bien été évêque d'Autun...

A l'époque, pas de séparation de l'église et de l'état. L'état apporte financement et respectabilité à l'église ; en échange, l'église fournit une légitimité à l'état, indispensable en l'absence de démocratie : Louis est "roi de droit divin".

Un curé était donc un 'fonctionnaire', c'était une carrière comme une autre. Pour les fils derniers-nés, qui n'héritaient pas de la propriété familiale revenant à l'aîné et n'avaient pas le goût des armes, la prêtrise était paraît-il une occupation permettant de garder un rang. Si par la suite il réalise que les religions n'ont pas de fondement, les opportunités de trouver un autre travail rémunéré devaient être rares, je suppose.

C'est la raison pour laquelle, devant tant d'hypocrisie institutionnelle, les croyants exigent tous aujourd'hui que l'église et l'état soit clairement séparés (hum).

Cela dit, j'ignore ce qu'il en est du cas de Meslier lui-même, qui révèle dans son livre qu'il était loin d'être le seul ecclésistique non-croyant. L'article de Wikipedia n'est pas très précis sur sa biographie.

Mais cet article indique bien que Voltaire a largement réécrit le livre de Meslier dans un sens "déiste". Heureusement, la version complète non "voltairisée" est disponible : http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2849670278


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MessagePosté: 20 Aoû 2009, 20:37 
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Zartregu a écrit:
Talleyrand a bien été évêque d'Autun...

A l'époque, pas de séparation de l'église et de l'état. L'état apporte financement et respectabilité à l'église ; en échange, l'église fournit une légitimité à l'état, indispensable en l'absence de démocratie : Louis est "roi de droit divin".

Un curé était donc un 'fonctionnaire', c'était une carrière comme une autre. Pour les fils derniers-nés, qui n'héritaient pas de la propriété familiale revenant à l'aîné et n'avaient pas le goût des armes, la prêtrise était paraît-il une occupation permettant de garder un rang. Si par la suite il réalise que les religions n'ont pas de fondement, les opportunités de trouver un autre travail rémunéré devaient être rares, je suppose.

C'est la raison pour laquelle, devant tant d'hypocrisie institutionnelle, les croyants exigent tous aujourd'hui que l'église et l'état soit clairement séparés (hum).


Le même problème persiste de nos jours.
Quelqu'un qui a fait 7 ans de séminaire et a commencé une carrière de prêtre n'a pas intérêt à arrêter de prêcher. Quel métier pourrait-il faire alors ?

Plus généralement, dans les sectes, il y a des fidèles qui se rendent compte de la supercherie (surtout quand les ficelles sont très grosses), mais qui font semblant de continuer à croire, car ils ont trop investi dans la secte.


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MessagePosté: 15 Oct 2010, 17:48 
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Inscription: 15 Oct 2010, 15:48
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Pour ceux que Meslier intéresse, je signale que les éditions Coda ont réédité la seule biographie du curé (à ma connaissance), celle de Dommanget.
Comme d'habitude, le livre est très cher, la colle du dos du livre casse et l'encre reste sur les doigts. Il n'en reste pas moins un texte essentiel, difficile à trouver en bibliothèque.
Volez le ?

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La solution du problème de la vie se remarque à la disparition du problème


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MessagePosté: 29 Avr 2013, 00:33 
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Le curé Meslier était non seulement athée, mais il était aussi matérialiste ("La matière ne peut avoir été créée. Elle a d'elle-même son être et son mouvement"), communiste et révolutionnaire (pour la mort des exploiteurs). Il a écrit son "Mémoire" en trois volumes qu'il a recopié deux fois pour en envoyer un exemplaire à son évêque, un à ses chers paroissiens et le dernier à un de ses amis curé. Ces trois manuscrits ont été retrouvés et portent les références ŒJM 19458, ŒJM 19459, ŒJM 19460 au fonds français de la Bibliothèque nationale (Paris). Son œuvre a été colportée pendant plusieurs années en Europe. Voltaire, qui était à l'affut de toutes les nouveautés anticléricales en a récupéré un exemplaire pour l'édulcorer sous forme de "Testament" (presque complètement vidé de son contenu) qui ne fait aucune allusion à l'athéisme, ni à l'appel à la rébellion, encore moins au matérialisme. L'appel final du curé du village d'Etrépigny (près de Charleville-Mézières) dans son ouvrage ressemble beaucoup à celui de Marx à la fin de son Manifeste du parti communiste : "Unissez-vous donc, peuples ! Secouez entièrement le joug de ceux qui vous oppriment !" Il y avait évidemment des athées au 18e siècle, mais c'étaient des personnages plutôt riches et aristocratiques qui parlaient avec mépris du "vil peuple". Ce seraient aujourd'hui ce que l'on appelle des "bobos"
Lire l'ouvrage de Serge Deruette, préfacé par Roland Desné : Lire Jean Meslier Editions aden, collection Opium du peuple – Une interview de l'auteur de cet ouvrage existe sous forme de podcast sur Scepticisme Scientifique N° 164.
En 2014, les Amis de Jean Meslier fêteront le 350e anniversaire de sa naissance.


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MessagePosté: 14 Mai 2013, 12:46 
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Joli message dis donc ! Structuré, synthétique et très informatif. Welcome !

( :D en plus, pas un seul vilain mot !)

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"Je veux qu'on me prenne pour un con car j'en suis un, qu'on me parle simplement pour que je capte bien car je suis idiot: si on me regarde et qu'on me parle sans égards, c'est déjà me considérer à peu près normal et pas uniquement comme un handicapé physique ou un déficient mental."


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MessagePosté: 14 Mai 2013, 16:17 
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Citation:
Voltaire, qui était à l'affut de toutes les nouveautés anticléricales en a récupéré un exemplaire pour l'édulcorer sous forme de "Testament" (presque complètement vidé de son contenu) qui ne fait aucune allusion à l'athéisme, ni à l'appel à la rébellion, encore moins au matérialisme.


Voltaire dans toute sa fourberie quoi, en plus de :
- s'être enrichi par le commerce triangulaire,
- les ventes de matériel militaire,
- son obséquiosité vis-à-vis des princes de son temps,
- ses appels à génocider du prussien et du turc,
- l'embastillement de ceux qui le critiquent,
- sa haine de Rousseau,
- son élitisme et son mépris du petit peuple (tout juste bon selon lui à trimer pour l'oligarchie),
- sa défense des jansénistes (qui exploitaient et tyrannisaient les miséreux à l'hôpital général).

Et allez savoir quelles autres horreurs chez ce type qu'on nous a mythifié comme un "philosophe des Lumières ardent défenseur de la veuve et de l'orphelin" (alors qu'il était EXACTEMENT le contraire).

=> Pas étonnant qu'il récupère le travail d'un homme authentiquement révolutionnaire :hum:

_________________
"Dis pourquoi le jour, la nuit ? Pourquoi l'eau, le feu, la terre ? Et pourquoi le vent, la pluie ? Pourquoi tous ces grands mystères ? (Rahan... ta vie est un cri!!)


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MessagePosté: 16 Mai 2013, 09:02 
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Inscription: 25 Jan 2005, 00:24
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Sans oublier son extrême antisémitisme et sa laideur.
Brrr, rencontrer ce type dans une ruelle sombre... brrr. Il était vraiment vilain ce Voltaire.

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