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MessagePosté: 22 Mar 2008, 23:48 
Glorbs
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 Sujet du message: Re: Un poeme de KK
MessagePosté: 20 Avr 2008, 10:12 
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 Sujet du message: Un petit mot pour Cyrano
MessagePosté: 24 Avr 2008, 00:50 
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Vivi, je sais que je fais l'éloge d'un "personnage" encensé par Rostand mais, n'empêche que le "vrai" Cyrano a écrit une pièce en 1654, intitulée "La Mort d'Agrippine" dont un des personnages revendique franchement son "athéisme" :

(suis crevée, je vous donnerais des références dignes de ce nom demain.. pour l'instant le "dieu" Wiki)

Citation:
Ces beaux riens qu’on adore, et sans sçavoir pourquoy,
Ces alterez du sang des bestes qu’on assomme,
Ces Dieux que l’homme a faict, et qui n’ont point faict l’homme,
Des plus fermes Estats ce fantasque soustien,
Va, va, Térentius, qui les craint, ne craint rien.


Source "primitive" :lol:

Bonne nuit les loupiot(te)s! :fr:

_________________
"Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise, empanaché d'indépendance et de franchise"
Cyrano de Bergerac, Acte I, Scène IV


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 Sujet du message: Poèmes d'Henri Michaud
MessagePosté: 20 Mai 2008, 23:56 
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Un étonnant poème d'Henri Michaud

LE GRAND COMBAT

Il l'emparouille te l'endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ;
Il le pratèle et le libuque et lui baruffle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l'écorcobalisse.
L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C'en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s'emmargine... mais en vain
Le cerceau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille
Dans la marmite de son ventre est un grand secret
Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;
On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne
Et vous regarde,
On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.


Henri MICHAUX ; Qui je fus Gallimard, 1927


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 Sujet du message: Re: Poèmes d'Henri Michaud
MessagePosté: 21 Mai 2008, 00:04 
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Quelques dessins de Michaud


Image

1958, encre de Chine sur papier de 32 x 24 cm, Musée national d'art moderne, Paris.

Image


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 Sujet du message: Poésies en chansons
MessagePosté: 14 Jan 2009, 12:46 
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Ouais, ça existe. Et c'est parfois superbe.
Normalement, les "chansonniers" mettent des paroles sur des musiques. Mais parfois, il s'agit d'un célèbre poème lequel il faut mettre en musique ou en images. Parfois, l'exercice de transformer un sublime poème en chansons est pleinement réussi. J'en connais quelques-uns en anglais et espagnol, mais peu en français. Il doit bien y en avoir, et cela m'intéresse d'en découvrir. Des artistes nippons pratiquent aussi ce genre d'art musical, et les résultats (même sans capter pipette), font frémir.

Ci-dessous quelques exemples de poèmes en chansons qui tutoient l'expérience sensorielle, quasi mystique. Bon, moi je me comprends... Mais peut-être (sans doute même) faut-il parler un peu espagnol pour savourer pleinement le sublime de ces vers chantés ?

http://www.youtube.com/watch?v=VK0664Wa ... r_embedded
Olga Manzano et Manuel Picón ont fait chanson le poème de Pablo Neruda, Tu risa (ton rire).

Un poème de Pablo Neruda, tiré des "Les Vers du Capitaine". Ce duo était aussi un couple dans la vie. Leurs voix sublimes (au vibrato synchronisé !!) ajoutées au talent de compositeur du génial Manzano Picón, décédé il y a quelques années. Il a pris queqlues libertés pour son adaptation, en changeant l'ordre des vers en refrains.

Tu risa

Quítame el pan, si quieres,
quítame el aire, pero
no me quites tu risa.

No me quites la rosa, la lanza que desgranas, el agua que de pronto
estalla en tu alegría,
la repentina ola
de plata que te nace.

Mi lucha es dura y vuelvo
con los ojos cansados
a veces de haber visto
la tierra que no cambia,
pero al entrar tu risa
sube al cielo buscándome
y abre para mí todas
las puertas de la vida.

Amor mío, en la hora
más oscura desgrana
tu risa, y si de pronto
ves que mi sangre mancha
las piedras de la calle,
ríe, por que tu risa
será para mis manos
como una espada fresca.

Junto al mar en otoño,
tu risa debe alzar
su cascada de espuma,
y en primavera, amor,
quiero tu risa como
la flor que yo esperaba,
la flor azul, la rosa
de mi patria sonora.

Ríete de la noche,
del día, de la luna,
ríete de las calles
torcidas de la isla,
ríete de este torpe
muchacho que te quiere,
pero cuando yo abro
los ojos y los cierro,
cuando mis pasos van,
cuando vuelven mis pasos,
niégame el pan, el aire,
la luz, la primavera,
pero tu risa nunca
por que me moriría.


Pablo Neruda
Los versos del Capitán


<< Ote-moi le pain si tu veux, ote-moi l'air,
mais ne m'enlève pas ton rire.
Ne m'enleve pas la rose, la lance qui arrose,
l'eau qui soudain explose dans ta joie,
la vague inattendue d'argent qui naît en toi.
Ma lutte est dure et je reviens les yeux fatigués parfois
d'avoir vu la terre qui ne change pas,
mais ton rire en entrant monte au ciel me cherchant
et m'ouvrant toutes les portes de la vie.
Mon amour, dans l'heure la plus plus sombre s'égrenne ton rire,
et soudain tu vois mon sang souiller les pierres de la rue,
Ris, car ton rire sera pour mes mains comme une fraîche épée.
Près de la mer en automne, ton rire soulèvera sa cascade d'écume,
et au printemps, amour, je veux ton rire comme la fleur que j'espérais,
la fleur bleue, la rose de ma patrie sonore.
Ris de la nuit, du jour, de la lune, ris des rues sinueuses de l'île,
ris de ce maladroit garçon qui t'aime tant,
mais quand j'ouvre les yeux et les referme,
quand mes pas vont, et viennent,
refuse-moi le pain, l'air, la lumière, le printemps,
mais ton rire jamais, car j'en mourrais. >>


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 Sujet du message: Re: Poésies en chansons
MessagePosté: 14 Jan 2009, 13:08 
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En concert, le couple Manzano et Picón :
http://www.youtube.com/watch?v=tFZ-I7iD ... r_embedded
Olga Manzano et Manuel Picón interprètent une de leurs propres compositions : La vida vuelve (La vie revient).
La chanson est présentée par un court récit de Luis Barros, très célèbre compositeur-poète.


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 Sujet du message: Re: Poésies en chansons
MessagePosté: 14 Jan 2009, 13:23 
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http://www.youtube.com/watch?v=8YFxgEp2 ... r_embedded
Le poème n° 20 de "20 poemas de amor y una canción desesperada", encore de Pablo Neruda :
Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit. La voix de cet interprète, waw...

[Pablo Neruda: Puedo escribir los versos más tristes esta noche

Puedo escribir los versos más tristes esta noche.

Escribir, por ejemplo: "La noche está estrellada,
y tiritan, azules, los astros, a lo lejos."

El viento de la noche gira en el cielo y canta.

Puedo escribir los versos más tristes esta noche.
Yo la quise, y a veces ella también me quiso.

En las noches como esta la tuve entre mis brazos.
La besé tantas veces bajo el cielo infinito.

Ella me quiso, a veces yo también la quería.
Cómo no haber amado sus grandes ojos fijos.

Puedo escribir los versos más tristes esta noche.
Pensar que no la tengo. Sentir que la he perdido.

Oir la noche inmensa, más inmensa sin ella.
Y el verso cae al alma como al pasto el rocío.

Qué importa que mi amor no pudiera guardarla.
La noche esta estrellada y ella no está conmigo.

Eso es todo. A lo lejos alguien canta. A lo lejos.
Mi alma no se contenta con haberla perdido.

Como para acercarla mi mirada la busca.
Mi corazón la busca, y ella no está conmigo.

La misma noche que hace blanquear los mismos árboles.
Nosotros, los de entonces, ya no somos los mismos.

Ya no la quiero, es cierto, pero cuánto la quise.
Mi voz buscaba el viento para tocar su oído.

De otro. Será de otro. Como antes de mis besos.
Su voz, su cuerpo claro. Sus ojos infinitos.

Ya no la quiero, es cierto, pero tal vez la quiero.
Es tan corto el amor, y es tan largo el olvido.

Porque en noches como esta la tuve entre mis brazos,
mi alma no se contenta con haberla perdido.

Aunque este sea el ultimo dolor que ella me causa,
y estos sean los ultimos versos que yo le escribo
]


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 Sujet du message: Re: Poésies en chansons
MessagePosté: 15 Jan 2009, 16:08 
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Citation:
bla bla bla

Toi là-bas ! Si t'aimes pas le français, quitte la France ! Image


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MessagePosté: 27 Fév 2011, 20:13 
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MessagePosté: 28 Fév 2011, 11:32 
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Citation:
J'en connais quelques-uns en anglais et espagnol, mais peu en français. Il doit bien y en avoir, et cela m'intéresse d'en découvrir...



Brassens s'est souvent amusé à cet exercice
J'avais déjà mis le «Verger du roi Louis »
Il est responsable aussi de :
- « La légende de la nonne » / « Gastibelza » de Victor Hugo
Comme hier/ Le petit cheval de Paul Fort
Les oiseaux de passage de Richepin
- La ballade des dames du temps jadis ( Villon)
Entre autres...

J'aime cette version de La marine ( Paul Fort – Brassens)

http://www.youtube.com/watch?v=GhCII_3wejI&feature=related



Je suis tombé sur cette interprétation de la légende de la nonne (Victor Hugo) que j'ai trouvée sypa :

http://www.dailymotion.com/video/x42c92_la-legende-de-la-nonnebrassensarrgt_music


T'as aussi Ferrat ( surtout avec Aragon )
Son hommage à Pablo Neruda :

http://www.dailymotion.com/video/x5fiu2_complainte-de-pablo-neruda-jean-fer_music


Ferré avec :
Pauvre Rutebeuf ( la pauvreté Rutebeuf)

http://www.youtube.com/watch?v=_ztc55sZs3o&feature=related

Très belle voix que celle de Nana Mouskouri... Du cristal.


Chouette sujet. Je trouve....

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Paul Valéry


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MessagePosté: 28 Fév 2011, 14:57 
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Citation:
Je suis tombé sur cette interprétation de la légende de la nonne (Victor Hugo) que j'ai trouvée sypa :

http://www.dailymotion.com/video/x42c92 ... rrgt_music

Le mec qui chante a oublié les paroles ?

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MessagePosté: 28 Fév 2011, 16:43 
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Ouais...Je sais.
Il s'agissait de beaux textes mis en musique. Normalement...
Mais j'ai trouvé sympa l'interprétation style "classique"

[Un peu chiant cui là... Mfffrrr]

:chef: Je disais : Voilà les paroles :

Georges Brassens/Victor Hugo
LA LÉGENDE DE LA NONNE



Venez, vous dont l'oeil étincelle,
Pour entendre une histoire encore,
Approchez: je vous dirai celle
De doña Padilla del Flor.
Elle était d'Alanje, où s'entassent
Les collines et les halliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

Il est des filles à Grenade,
Il en est à Séville aussi,
Qui, pour la moindre sérénade,
A l'amour demandent merci;
Il en est que parfois embrassent,
Le soir, de hardis cavaliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

Ce n'est pas sur ce ton frivole
Qu'il faut parler de Padilla,
Car jamais prunelle espagnole
D'un feu plus chaste ne brilla;
Elle fuyait ceux qui pourchassent
Les filles sous les peupliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

Elle prit le voile à Tolède,
Au grand soupir des gens du lieu,
Comme si, quand on n'est pas laide,
On avait droit d'épouser Dieu.
Peu s'en fallut que ne pleurassent
Les soudards et les écoliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

Or, la belle à peine cloîtrée,
Amour en son coeur s'installa.
Un fier brigand de la contrée
Vint alors et dit: Me voilà!
Quelquefois les brigands surpassent
En audace les chevaliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

Il était laid: les traits austères,
La main plus rude que le gant;
Mais l'amour a bien des mystères,
Et la nonne aima le brigand.
On voit des biches qui remplacent
Leurs beaux cerfs par des sangliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

La nonne osa, dit la chronique,
Au brigand par l'enfer conduit,
Aux pieds de Sainte Véronique
Donner un rendez-vous la nuit,
A l'heure où les corbeaux croassent,
Volant dans l'ombre par milliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

Or quand, dans la nef descendue,
La nonne appela le bandit,
Au lieu de la voix attendue,
C'est la foudre qui répondit.
Dieu voulu que ses coups frappassent
Les amants par Satan liés.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.

Cette histoire de la novice,
Saint Ildefonse, abbé, voulut
Qu'a fin de préservé du vice
Les vierges qui font leur salut,
Les prieurs la racontassent
Dans tous les couvents réguliers.
Enfants, voici des boeufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.


Et , pendant que j'y suis
un autre poeme de Totor que je considère parmi ses plus beaux


LES DJINNS

Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise
Tout dort.

Dans la plaine
Nait un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une ame
Qu'une flamme
Toujours suit.

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche,
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit,
Comme un bruit de foule
Qui tonne et qui roule
Et tantot s'écroule
Et tantot grandit.

Dieu! La voix sépulcrale
Des Djinns!... - Quel bruit ils font!
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond!
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe..
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brulant.
Leur troupeau lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout pres! - Tenons fermée
Cette salle ou nous les narguons
Quel bruit dehors! Hideuse armée
De vampires et de dragons!
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée,
Tremble, à déraciner ses gonds.

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure!
L'horrible essaim, poussé par l'aquillon,
Sans doute, o ciel! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille sechée,
Le vent la roule avec leur tourbillon!

Prophète! Si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs!
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs!

Ils sont passés! - Leur cohorte
S'envole et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés!

De leurs ailes lointaines
Le battement décroit.
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouir la sauterelle
Crier d'une voix grêle
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor.
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grêve
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leur pas;
Leur essaim gronde;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord;
C'est la plainte
Presque éteinte
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute: -
Tout fuit,
Tout passe;
L'espace
Efface
Le bruit.

Les vers qui enflent avec la tempête qui arrive...
Qui diminuent quand celle ci s'éloigne
L'angoisse...

Chouettos, non ?

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Paul Valéry


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MessagePosté: 01 Mar 2011, 02:26 
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Citation:
Chouettos, non ?

Tu veux une opinion sincère ou diplomate ? :D

Nan, je plaisante. Ils sont très jolis ces poèmes.

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MessagePosté: 01 Mar 2011, 06:23 
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Histoire de plomber un peu l'ambiance...

Un poete portugais. LE poete portugais.
Inventeur du concept de « l'intranquilité »
Le chantre de la vie, de l'Humain (avec un h majuscule immense)
Mon chouchou.
Les 4 premiers vers de son bureau de tabac me trottent souvent dans la tronche. Une étrange et inconfortable beauté.
Sans doute sont ils plus beaux encore dans leur langue d'origine ? Je suis obligé de me contenter des traductions.
Si je devais choisir un poeme entre tous ça serait peut être celui là

Fernando PESOA
Bureau de Tabac


Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
(et si l'on savait ce qu'elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d'une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

Je suis aujourd'hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
lucide aujourd'hui, comme si j "étais à l'article de la mort,
n'ayant plus d'autre fraternité avec les choses
que celle d'un adieu, cette maison et ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.

Je suis aujourd'hui perplexe. comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd'hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d'en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

J'ai tout raté.
Comme j'étais sans ambition, peut-être ce tout n'était-il rien.
Les bons principes qu'on m'a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m'en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n'ai trouvé qu'herbes et arbres,
et les gens, s'il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m'assieds sur une chaise. A quoi penser ?

Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Etre ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
Et il y en a tant qui se croient la même chose qu'il ne saurait y en avoir tant !
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
et l'histoire n'en retiendra, qui sait ? même pas un ;
du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
Non, je ne crois pas en moi.
Dans tous les asiles il est tant de fous possédés par tant de certitudes !
Moi, qui de certitude n'ai point, suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
Non, même pas de ma personne...
En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
n'y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
Combien d'aspirations hautes, lucides et nobles -
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles -
et, qui sait ? réalisables, peut-être...
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l'oreille des sourds ?

Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu'il peut le conquérir.
J'ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j'ai pressé plus d'humanité que le Christ,
j'ai fait en secret des philosophies que nul Kant n'a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l'individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n'était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu'on lui ouvrît la porte
auprès d'un mur sans porte
et qui chanta la romance de l'Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu'en rien...
Que la Nature déverse sur ma tête ardente
son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout...

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l'univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu'il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu'il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu'il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

(Mange des chocolats, fillette ;
mange des chocolats !
Dis-toi bien qu'il n'est d'autre métaphysique que les chocolats,
dis-toi bien que les religions toutes ensembles n'en apprennent
pas plus que la confiserie.
Mange, petite malpropre, mange !
Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !
Mais je pense, moi, et quand je retire le papier d'argent, qui d'ailleurs est d'étain,
je flanque tout par terre, comme j'y ai flanqué la vie.)
Du moins subsiste-t-il de l'amertume d'un destin irréalisé
la calligraphie rapide de ces vers,
portique délabré sur l'Impossible,
du moins, les yeux secs, me voué-je à moi-même du mépris,
noble, du moins, par le geste large avec lequel je jette dans le mouvant des choses,
sans note de blanchisseuse, le linge sale que je suis
et reste au logis sans chemise.

(Toi qui consoles, qui n'existes pas et par là même consoles,
ou déesse grecque, conçue comme une statue douée du souffle,
ou patricienne romaine, noble et néfaste infiniment,
ou princesse de troubadours, très- gente et de couleurs ornée,
ou marquise du dix-huitième, lointaine et fort décolletée,
ou cocotte célèbre du temps de nos pères,
ou je ne sais quoi de moderne - non, je ne vois pas très bien quoi -
que tout cela, quoi que ce soit, et que tu sois, m'inspire s'il se peut !
Mon coeur est un seau qu'on a vidé.
Tels ceux qui invoquent les esprits je m'invoque
moi-même sans rien trouver.
Je viens à la fenêtre et vois la rue avec une absolue netteté.
Je vois les magasins et les trottoirs, et les voitures qui passent.
Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
je vois les chiens qui existent eux aussi,
et tout cela me pèse comme une sentence de déportation,
et tout cela est étranger, comme toute chose. )

J'ai vécu, aimé - que dis-je ? j'ai eu la foi,
et aujourd'hui il n'est de mendiant que je n'envie pour le seul fait qu'il n'est pas moi.
En chacun je regarde la guenille, les plaies et le mensonge
et je pense : « peut-être n'as-tu jamais vécu ni étudié, ni aimé, ni eu la foi »
(parce qu'il est possible d'agencer la réalité de tout cela sans en rien exécuter) ;
« peut-être as-tu à peine existé, comme un lézard auquel on a coupé la queue,
et la queue séparée du lézard frétille encore frénétiquement ».

J'ai fait de moi ce que je n'aurais su faire,
et ce que de moi je pouvais faire je ne l'ai pas fait.
Le domino que j'ai mis n'était pas le bon.
On me connut vite pour qui je n'étais pas, et je n'ai pas démenti et j'ai perdu la face.
Quand j'ai voulu ôter le masque
je l'avais collé au visage.
Quand je l'ai ôté et me suis vu dans le miroir,
J'avais déjà vieilli.
J'étais ivre, je ne savais plus remettre le masque que je n'avais pas ôté.
Je jetai le masque et dormis au vestiaire
comme un chien toléré par la direction
parce qu'il est inoffensif -
et je vais écrire cette histoire afin de prouver que je suis sublime.

Essence musicale de mes vers inutiles,
qui me donnera de te trouver comme chose par moi créée,
sans rester éternellement face au Bureau de Tabac d'en face,
foulant aux pieds la conscience d'exister,
comme un tapis où s'empêtre un ivrogne,
comme un paillasson que les romanichels ont volé et qui ne valait pas deux sous.

Mais le patron du Bureau de Tabac est arrivé à la porte, et à la porte il s'est arrêté.
Je le regarde avec le malaise d'un demi-torticolis
et avec le malaise d'une âme brumeuse à demi.
Il mourra, et je mourrai.
Il laissera son enseigne, et moi des vers.
A un moment donné mourra également l'enseigne, et
mourront également les vers de leur côté.
Après un certain délai mourra la rue où était l'enseigne,
ainsi que la langue dans laquelle les vers furent écrits.
Ensuite mourra la planète tournante où tout cela est arrivé.
En d'autres satellites d'autres systèmes cosmiques, quelque chose
de semblable à des humains
continuera à faire des espèces de vers et à vivre derrière des manières d'enseignes,
toujours une chose en face d'une autre,
toujours une chose aussi inutile qu'une autre,
toujours une chose aussi stupide que le réel,
toujours le mystère au fond aussi certain que le sommeil du mystère de la surface,
toujours cela ou autre chose, ou bien ni une chose ni l'autre.

Mais un homme est entré au Bureau de Tabac (pour acheter du tabac ?)
et la réalité plausible s'abat sur moi tout soudain.
Je me soulève à demi, énergique, convaincu, humain,
et je vais méditer d'écrire ces vers où c'est l'inverse que j'exprime.
J'allume une cigarette en méditant de les écrire
et je savoure dans la cigarette une libération de toutes les pensées.
Je suis la fumée comme un itinéraire autonome, et je goûte, en un moment sensible et compétent,
la libération en moi de tout le spéculatif
et la conscience de ce que la métaphysique est l'effet d'un malaise passager.

Ensuite je me renverse sur ma chaise
et je continue à fumer
Tant que le destin me l'accordera je continuerai à fumer.

(Si j'épousais la fille de ma blanchisseuse,
peut-être que je serais heureux.)
Là-dessus je me lève. Je vais à la fenêtre.

L'homme est sorti du bureau de tabac (n'a-t-il pas mis la
monnaie dans la poche de son pantalon?)
Ah, je le connais: c'est Estève, Estève sans métaphysique.
(Le patron du bureau de tabac est arrivé sur le seuil.)
Comme mû par un instinct sublime, Estève s'est retourné et il m'a vu.
Il m'a salué de la main, je lui ai crié: "Salut Estève !", et l'univers
s'est reconstruit pour moi sans idéal ni espérance, et le
patron du Bureau de Tabac a souri.

_________________
« La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. »
Paul Valéry


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MessagePosté: 01 Mar 2011, 13:45 
Défioliant
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Inscription: 25 Jan 2005, 00:24
Messages: 6731
(Mange des chocolats, fillette ; mange des chocolats !
Et n'oublie pas, tes dents tu brosseras !

Le gars a oublié cette strophe, p'tain ! C'est scandaleux.

_________________
"Urinez, crachez sur moi, je ne manquerai pas de vous chier dans les gencives ! Mais surtout, surtout, ne me plaignez pas, ne nous plaignons pas... Ainsi, quelque part, nous serons tous un petit peu des Hommes."


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MessagePosté: 02 Mar 2011, 09:16 
Glorbs
Glorbs
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Inscription: 03 Oct 2010, 06:03
Messages: 778
Ah merde !
On m'y reprendra a vouloir apporter un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Un peu de lumière dans ce cloaque borgne.
Tu ne mérites pas ces efforts herculéens que je fais.Non.

Enfin... On dirait que t'as lu le poeme...C'est pas rien !
Franchement. Vu la taille du morceau je m'étais dit que tout le monde s'enfuierait ! Que je me ferai traiter de sale con sadique !
Bravo !
Tu es un brave ! ( et je m'y connais !)

_________________
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Paul Valéry


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MessagePosté: 02 Mar 2011, 09:56 
Défioliant
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Inscription: 25 Jan 2005, 00:24
Messages: 6731
Citation:
Enfin... On dirait que t'as lu le poeme...C'est pas rien !
Franchement. Vu la taille du morceau je m'étais dit que tout le monde s'enfuierait ! Que je me ferai traiter de sale con sadique !
Bravo !
Tu es un brave ! ( et je m'y connais !)

Ben non, je suis un lâche. Pas lu. Uniquement une ou deux strophes.
Mais j'ai un sens aiguisé de la justice : je ne vais pas te traiter de sale con sadique pour avoir mis un poème que je n'ai pas lu, hé ho.

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