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EXTRAITS
DE L'ENCYCLIQUE " HUMANI GENERIS " (1950)
Sur
quelques opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements
de la doctrine catholique.
Quiconque observe attentivement ceux
qui sont hors du bercail du Christ découvre sans peine les
principales voies sur lesquelles se sont engagés un grand
nombre de savants. En effet, c'est bien eux qui prétendent
que le système dit de l'évolution s'applique à
l'origine de toutes les choses ; or, les preuves de ce système
ne sont pas irréfutables même dans le champ limité
des sciences naturelles. Ils l'admettent pourtant sans prudence
aucune, sans discernement et on les entend qui professent, avec
complaisance et non sans audace, le postulat moniste et panthéiste
d'un unique tout fatalement soumis à l'évolution continue.
Or, très précisément, c'est de ce postulat
que se servent les partisans du communisme pour faire triompher
et propager leur matérialisme dialectique dans le but d'arracher
des âmes toute idée de Dieu.
.En
ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d'affaiblir
le plus possible la signification des dogmes et de libérer
le dogme de la formulation en usage dans l'Église depuis
si longtemps et des notions philosophiques en vigueur chez les Docteurs
catholiques, pour faire retour, dans l'exposition de la doctrine
catholique, à la façon de s'exprimer de la Sainte
Ecriture et des Pères. Ils nourrissent l'espoir que le dogme,
ainsi débarrassé de ses éléments qu'ils
nous disent extrinsèques à la révélation,
pourra être comparé, avec fruit, aux opinions dogmatiques
de ceux qui sont séparés de l'unité de l'Église
: on parviendrait alors à assimiler au dogme catholique tout
ce qui plaît aux dissidents.
.Ils
ajoutent que l'histoire des dogmes consiste à exprimer les
formes variées qu'à revêtues la vérité
successivement selon les diverses doctrines et selon les systèmes
qui ont vu le jour tout au long des siècles.
Or, il ressort, avec évidence, de ce que nous avons dit,
que tant d'efforts non seulement conduisent à ce qu'on appelle
le " relativisme " dogmatique, mais le comportent déjà
en fait : le mépris de la doctrine communément enseignée
et le mépris des termes par lesquels on le signifie le favorisent
déjà trop. Certes il n'est personne qui ne sache que
les mots qui expriment ces notions, tels qu'ils sont employés
dans nos écoles et par le magistère de l'Église,
peuvent toujours être améliorés et perfectionnés
: on sait d'ailleurs que l'Église n'a pas eu recours toujours
aux mêmes termes. Et puis, il va de soi que l'Église
ne peut se lier à n'importe quel système philosophique
dont la vie est de courte durée : ce que les docteurs catholiques,
en parfait accord, ont composé au cours des siècles
pour parvenir à une certaine intelligence du dogme, ne s'appuie
assurément pas sur un fondement aussi caduc. En effet, il
n'est pas d'autre appui que les principes et les notions tirés
de l'expérience des choses créées ; et dans
la déduction de ces connaissances, la vérité
révélée a, comme une étoile, brillé
sur l'intelligence des hommes grâce au ministère de
l'Église. On ne s'étonne donc pas que les Conciles
oecuméniques aient employé et aussi sanctionné
certaines de ces notions : aussi, s'en écarter n'est point
permis.
Voilà pourquoi négliger, rejeter ou priver de leur
valeur tant de biens précieux qui au cours d'un travail plusieurs
fois séculaire des hommes d'un génie et d'une sainteté
peu commune, sous la garde du magistère sacré et la
conduite lumineuse de l'Esprit-Saint, ont conçus, exprimés
et perfectionnés en vue d'une présentation de plus
en plus exacte des vérités de la foi, et leur substituer
des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues
d'une philosophie nouvelle appelées à une existence
éphémère, comme la fleur des champs, ce n'est
pas seulement pécher par imprudence.
.
Car Dieu a donné à son Église, en même
temps que les sources sacrées, un magistère vivant
pour éclairer et pour dégager ce qui n'est contenu
qu'obscurément et comme implicitement dans le dépôt
de la foi. Et ce dépôt, ce n'est ni à chaque
fidèle, ni même aux théologiens que le Christ
l'a confié pour en assurer l'interprétation authentique,
mais au seul magistère de l'Église. Or si l'Église
exerce sa charge, comme cela est arrivé tant de fois au cours
des siècles, par la voie ordinaire ou par la voie extraordinaire,
il est évident qu'il est d'une méthode absolument
fausse d'expliquer le clair par l'obscur, disons bien qu'il est
nécessaire que tous s'astreignent à suivre l'ordre
inverse. Aussi notre Prédécesseur, d'immortelle mémoire,
Pie IX, lorsqu'il enseigne que la théologie a la si noble
tâche de démontrer comment une doctrine définie
par l'Église est contenue dans les sources, ajoute ces mots,
non sans de graves raisons : " dans le sens même où
l'Église l'a définie ".
.En
outre, le sens littéral de la Sainte Ecriture et son explication
faite laborieusement, sous le contrôle de l'Église,
par tant d'exégètes de si grande valeur doivent céder,
d'après les inventions qui plaisent aux novateurs, à
une exégèse nouvelle, dite symbolique et spirituelle
; et ainsi seulement, les Livres Saints de l'Ancien Testament, qui
seraient aujourd'hui encore ignorés dans l'Église,
comme une source qu'on aurait enclose, seraient enfin ouverts à
tous. Ils assurent que toutes les difficultés, par ce moyen,
s'évanouiront, qui ne paralysent que ceux-là qui se
tiennent attachés au sens littéral de la Bible.
Il n'est personne qui ne puisse voir à quel point tant de
prétentions s'écartent des principes et des règles
d'herméneutique si justement fixés par Nos Prédécesseurs
d'heureuse mémoire Léon XIII dans l'Encyclique Providentissimus
et Benoît XV dans l'Encyclique Spiritus Paraclitus et par
Nous-même dans l'Encyclique Divino afflante Spiritu.
.Il
nous reste à dire un mot des sciences qu'on dit positives,
mais qui sont plus ou moins connexes avec les vérités
de la foi chrétienne. Nombreux sont ceux qui demandent avec
instance que la religion catholique tienne le plus grand compte
de ces disciplines. Et cela est assurément louable lorsqu'il
s'agit de faits réellement démontrés ; mais
cela ne doit être accepté qu'avec précaution,
dès qu'il s'agit bien plutôt d' " hypothèses
" qui, même si elles trouvent quelque appui dans la science
humaine, touchent à la doctrine contenue dans la Sainte Ecriture
et la "Tradition ". Dans le cas où de telles vues
conjecturales s'opposeraient directement ou indirectement à
la doctrine révélée par Dieu, une requête
de ce genre ne pourrait absolument pas être admise.
C'est
pourquoi le magistère de l'Église n'interdit pas que
la doctrine de 1' " évolution ", dans la mesure
où elle recherche l'origine du corps humain à partir
d'une matière déjà existante et vivante - car
la foi catholique nous ordonne de maintenir la création immédiate
des âmes par Dieu - soit l'objet, dans l'état actuel
des sciences et de la théologie d'enquêtes et de débats
entre les savants de l'un et de l'autre partis : il faut pourtant
que les raisons de chaque opinion, celle des partisans comme celle
des adversaires, soient pesées et jugées avec le sérieux,
la modération et la retenue qui s'imposent ; à cette
condition que tous soient prêts à se soumettre au jugement
de l'Église à qui le mandat a été confié
par le Christ d'interpréter avec autorité les Saintes
Ecritures et de protéger les dogmes de la foi . Cette liberté
de discussion, certains cependant la violent trop témérairement
: ne se comportent-ils pas comme si l'origine du corps humain à
partir d'une matière déjà existante et vivante
était à cette heure absolument certaine et pleinement
démontrée par les indices jusqu'ici découverts
et par ce que le raisonnement en a déduit ; et comme si rien
dans les sources de la révélation divine n'imposait
sur ce point la plus grande prudence et la plus grande modération.
Mais
quand il s'agit d'une autre vue conjecturale qu'on appelle le polygénisme,
les fils de l'Église ne jouissent plus du tout de la même
liberté. Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter
une théorie dont les tenants affirment ou bien qu'après
Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient
pas de lui comme du premier père commun par génération
naturelle, ou bien qu'Adam désigne tout l'ensemble des innombrables
premiers pères. En effet on ne voit absolument pas comment
pareille affirmation peut s'accorder avec ce que les sources de
la vérité révélée et les Actes
du magistère de l'Église enseignent sur le péché
originel, lequel procède d'un péché réellement
commis par une seule personne Adam et, transmis à tous par
génération, se trouve on chacun comme sien.
Comme
dans le domaine de la biologie et de l'anthropologie, il en est
qui, dans le domaine de l'histoire, négligent audacieusement
les limites et les précautions que l'Église établit.
Et en particulier, il Nous faut déplorer une manière
vraiment trop libre d'interpréter les livres historiques
de l'Ancien Testament, dont les tenants invoquent à tort,
pour se justifier, la lettre récente de la Commission Pontificale
biblique à l'Archevêque de Paris, Cette lettre, en
effet, avertit clairement que les onze premiers chapitres de la
Genèse, quoiqu'ils ne répondent pas exactement aux
règles de la composition historique, telles que les ont suivies
les grands historiens grecs et latins et que les suivent les savants
d'aujourd'hui, appartient néanmoins au genre historique en
un sens vrai, que des exégètes devront étudier
encore et déterminer : cette Lettre dit encore que les mêmes
chapitres, dans le style simple et figuré, bien approprié
à l'état des esprits d'un peuple peu cultivé,
rapportent les vérités essentielles sur lesquelles
repose la poursuite de notre salut éternel, ainsi qu'une
description populaire de l'origine du genre humain et du peuple
élu. Si par ailleurs, les anciens hagiographes ont puisé
quelque chose dans les narrations populaires (ce qu'on peut assurément
concéder), on ne doit jamais oublier qu'ils l'ont fait sous
l'inspiration divine qui les a préservés de toute
erreur dans le choix et l'appréciation de ces documents.
Mais
tout ce qui a été emprunté aux narrations populaires
et accueilli dans les Saintes Lettres ne peut absolument pas être
équiparé aux mythologies ou aux fables du même
genre, qui procèdent bien plutôt de l'imagination dénuée
de tout frein que de ce remarquable souci de vérité
et de simplicité qui éclate dans les Saintes Lettres,
même de l'Ancien Testament, à ce point que nos hagiographes
doivent être proclamés nettement supérieurs
aux écrivains profanes de l'antiquité.
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