DOCUMENTS ANNEXES
LES INTOUCHABLES DE L'HINDOUISME AUJOURD'HUI
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En Inde, les "intouchables" ont survécu à un dispositif légal quasi complet
Attitude du peuple et du gouvernement indiens face aux intouchables ... au XXIme siècle

(Françoise Chipaux - Le Monde - New Delhi)

 

"Basé à Delhi, un Dhiman brahmane cherche alliance pour son fils"; "Cherche un Gautam kshatriya au teint clair"; "Union avec un élégant garçon jat"… Toutes les castes, y compris les "intouchables" (défavorisés) et qui sont classés comme "castes répertoriées" (scheduled castes), ont leur colonne dans les annonces matrimoniales du dimanche. La caste reste en Inde l'appartenance première et l'abolition de l'intouchabilité, en 1950, par la première Constitution de l'Inde indépendante, n'a pas changé grand-chose dans les faits.

Chaque jour, la presse se fait témoin de discriminations à l'égard des Dalit ou rapporte les crimes variés commis, en toute impunité la plupart du temps, au nom de la caste. Le plus récent est la pendaison publique dans un village, à moins de deux heures de Delhi, de deux jeunes de quinze et dix-sept ans qui avaient eu le malheur de s'aimer alors qu'ils n'étaient pas de la même caste. Un crime impardonnable pour les gens du village, qui ont fait justice eux-mêmes.

A l'approche de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban, les organisations non gouvernementales qui demandent depuis plusieurs mois l'inscription du problème des castes à l'ordre du jour ne désespèrent pas de voir l'affaire débattue malgré l'opposition du gouvernement. "La caste est historiquement une partie de l'Inde. C'est un problème que le gouvernement reconnaît et de nombreuses lois et mesures ont été adoptées pour y remédier. Nous ne croyons pas nécessaire de détourner l'agenda de la conférence de son but principal, qui est la lutte contre le racisme", affirme Omar Abdullah, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, qui conduira la délégation indienne à Durban.

Le gouvernement n'a pas trop à s'inquiéter, car, souligne Ravi Nair, directeur du Centre de documentation des droits de l'homme en Asie du Sud, "aucune coalition de gouvernements importants ne pousse en faveur de l'inclusion de la caste dans le débat".

La Barbade a bien tenté, lors de la deuxième réunion préparatoire, d'introduire un paragraphe sur le sujet, mais elle l'a vite retiré après intervention de Delhi. En l'absence de consensus, seuls la Hollande et le Danemark étaient en faveur du débat, l'Union européenne restant dans un prudent attentisme.

Pour avoir le premier en 1996 introduit aux Nations unies les discriminations dues à la caste, Ravi Nair a été traité en Inde d'"agent du Pakistan, d'élément antinational". Il se bat depuis vingt ans contre toutes les discriminations. Il estime que l'amélioration du sort des 170 millions d'intouchables passe d'abord par des réformes économiques et sociales. "Si vous voulez donner la dignité aux dalit, donnez- leur la dignité économique, dit-il, et pour cela, faites appliquer les lois sur la redistribution des terres et le salaire minimum des travailleurs agricoles journaliers." Le dispositif de lois est quasiment complet, mais la plupart ne sont jamais appliquées et, très souvent, la police refuse même d'enregistrer la plainte d'un dalit contre un membre d'une caste supérieure. "Notre système social de valeurs est si fort qu'il surpasse la loi", affirme M.Rawat, un activiste dalit des droits de l'homme. "De plus, ce système est lié à la religion, ce qui rend plus difficile son attaque aux yeux de certains."

Le gouvernement admet que les lois ne suffisent pas. Un officiel, qui réclame l'anonymat, affirme: "L'éducation et l'éradication de la pauvreté sont les deux armes qui peuvent aider dans cette lutte." Toutes deux relèvent du gouvernement. Or l'éducation primaire obligatoire n'est toujours pas un droit fondamental reconnu par la Constitution; le taux d'enfants dalit quittant l'école à la fin du primaire était de 77,65 % en 1991 (dernier chiffre officiel). En outre, selon la Commission nationale des castes répertoriées, la plupart des dalit victimes de violences ou d'abus sont des paysans sans terre.

"La caste est un instrument d'exploitation économique", confiait en 1998, R.Balakrishnan, président régional de la commission pour le Tamil Nadu à Human Rights Watch. Cette organisation non gouvernementale a publié, en 1999, un remarquable rapport – "Peuple brisé" – sur la violence contre les intouchables indiens. La majorité d'entre eux occupent le bas de l'échelle, dans l'ordre social et économique. Ce n'est pas la présence à la tête de l'Inde d'un dalit en la personne du président Kocheril Raman Narayanan qui y change quelque chose.

La volonté politique manque à tous les échelons pour en finir avec un déni de justice historique, sur lequel jouent aujourd'hui les partis politiques. Depuis l'indépendance, la caste s'est, en un sens, raffermie. Alors que la Constitution ne prévoyait des quotas dans l'accès à l'éducation et aux emplois administratifs qu'aux castes et tribus répertoriées, ceux-ci se sont multipliés en faveur de nouvelles catégories, comme les Other Backward Castes (OBC, des castes supérieures aux intouchables, mais défavorisées). A quelques mois des élections en Uttar Pradesh, l'Etat le plus peuplé de l'Inde (160 millions d'habitants) et avec le plus grand nombre d'intouchables (30 millions) et d'OBC, le ministre en chef veut encore – dans un but électoral – instaurer une nouvelle catégorie de castes, les Most Backward Castes (MBC, les castes les plus défavorisées).

"Cinq mille ans de réformes sociales, cinquante ans d'une Constitution démocratique n'ont pas résolu le problème, pensez-vous que deux paragraphes dans une déclaration de 88 pages le résoudront?", interroge un officiel indien pour justifier l'attitude du gouvernement à Durban. Certes non. Du moins les organisations dalit espèrent-elles, en tentant d'internationaliser le problème, pousser le gouvernement à agir plus efficacement pour simplement faire appliquer la loi.

 

Du manque de goût
Attitude du gouvernement et du peuple Indien au XXIme, siècle face aux intouchables...

(extrait du journal l'Info - 2001)

Lors de la réunion préparatoire à la Conférence Mondiale contre le Racisme - qui se tiendra en Afrique du Sud au mois de septembre - le gouvernement indien s’est employé à empêcher toute discussion concernant le système des castes et, plus précisément, le sort des Dalit. Les organisations humanitaires ont aussitôt réagi avec indignation devant l’hypocrisie d’un état qui mériterait peut-être le titre de « plus grande démocratie du monde », si seulement il n’opprimait pas 25 % de sa population... Il existe en Inde près de 250 millions de personnes dont on peut impunément violer les droits : abus sexuels, travail obligatoire, privation de libertés et discriminations en tout genre sont, en effet, le lot quotidien des « intouchables », alors même que la constitution a interdit cette forme odieuse d’apartheid en 1950.

A l’heure actuelle, en Inde, il y a trois femmes Dalit violées chaque jour. Et, de même, deux personnes ayant eu la malchance de naître « hors-caste » sont tuées quotidiennement au nom de conditionnements vieux de plusieurs millénaires et que le pouvoir en place entend préserver. Régulièrement, les médias relatent les massacres de dizaines de Dalit perpétrés par les milices de quelques riches propriétaires. Mais la discrimination dont souffrent ces hommes, ces femmes et ces enfants - parce qu’une large part de la population les considère comme véritablement impurs -imprègne les circonstances les plus banales de leur vie : impossibilité d’entrer dans les temples hindouistes ou d’utiliser le puits communal, obligation de consommer le thé ou le café dans des gobelets particuliers, relégation de leurs enfants au fond de la classe... En somme, une multitude d’humiliations ordinaires préfigurant de plus grands crimes comme la prostitution forcée des fillettes et l’esclavage généralisé des enfants Dalit.

Nul ne s’étonnera que le régime indien multiplie les efforts pour faire obstacle à la libre expression des Dalit : le racisme qui prévaut dans les hautes sphères du pouvoir est patent. En avril 2000, lors de la visite en France du président Narayanan, Le Figaro avait évoqué les origines Dalit de celui-ci, provoquant la colère du gouvernement indien qui s’insurgea contre le « manque de goût » du quotidien français. Oui, il est certain que pour une élite vivant aux dépens d’une classe dite inférieure, la simple évocation d’un possible mélange entre « la crème et la boue » constitue une carence intolérable de savoir-vivre ! Mais que dire alors d’un pouvoir qui revendique des égards pour lui-même alors que son propre comportement injurie la conscience humaine ?

De nos jours, les « intouchables », ce sont bien plus les dirigeants, qui pourfendent les libertés individuelles ou méprisent les droits des minorités dont ils ont la charge, auxquels il est difficile de serrer la main. Encore faut-il parfois la leur tendre de peur qu’ils ne fassent payer le prix de leur vexation aux populations qu’ils oppriment ! Toutefois, la plus grande retenue devrait être la règle avec ces gouvernements iniques : une distance fondée non pas sur le raffinement ou les exigences artificielles de l’urbanité, mais sur le respect scrupuleux des droits des peuples que ces régimes bafouent. Une rigueur exigée par le goût de la fraternité et de la solidarité que tout gouvernement devrait posséder, saveur à côté de laquelle les civilités hypocrites des puissants semblent fades.

Manifestation
Manifestant contre les droits des basses castes

 

Lire article sur Mohandas Karamchand Gandhi

 



Le problème des castes - non abolies, non résolu...

Les théories sur le système des castes ont eu en Occident de grandes répercussions en philosophie politique. L'inégalité des castes, selon la théorie qui fondait cette inégalité sur la naissance, a été utilisée au siècle dernier par les doctrines racistes et a alimenté les spéculations sur la supériorité des Aryens. Le régime des castes est systématiquement condamné par les doctrines égalitaires et la Constitution indienne de 1950 rend caduc en droit le système des castes. Cela signifie qu'elle ne supprime pas les castes mais «toute discrimination fondée sur la religion, la race, la caste, le sexe et le lieu de naissance»; en effet, les castes restent considérées - par la grande majorité des gens du sous-continent indien - comme une " donnée sociale active en représentant des structures d'identification et de solidarité " qui n'ont pas été remplacées...
La rigueur de l'organisation socio-économico-cosmique, dont certains s'échappent en se convertissant au bouddhisme par exemple, a en effet sa contrepartie: ceux de la même «naissance» constituent un véritable réseau d'intégration, comprenant parfois écoles, dispensaires, aides de toute sorte.
Premiers colonisateurs de l'Inde, au début du XVIe siècle, les Portugais ont désigné les groupes composant la société indienne par le mot casta, qui s'apparente au latin castus signifiant «pur, sans mélange». Le terme renvoyait alors au grand nombre de groupes «étanches» désignés par le terme jati. Par la suite, les varna furent également désignés par le même mot. On accepte généralement l'idée que la hiérarchie des varna est venue justifier la division sociale en jati, mais ces deux réalités représentent des systèmes indépendants.

Les Varna

Les quatre varna correspondent aux quatre parties du corps de l'Homme cosmique (Brahma), dont ils sont issus. Ainsi l'enseigne le Dharmaçastra, ou Traité de la disposition naturelle des choses, dans lequel sont codifiés ordre du monde et lois sociales.
• Le Brahmane, né de la bouche de Brahma, est pur. Il possède la Connaissance. Proche de l'absolu, il est l'intermédiaire entre les hommes et les dieux. Prêtre, il a la charge d'assurer et d'accomplir les rites védiques. Il est le gardien des gestes du sacrifice et de la prière.
• Le Kshatriya, né des bras, détient le pouvoir (kchatra). C'est le noble, le guerrier. Il a le devoir de rechercher la Connaissance et de la mettre en pratique. Pour entretenir ses vertus guerrières, il peut consommer de la viande et des excitants (boissons fermentées, drogues). Le pouvoir est néanmoins subordonné aux prêtres.
• Le Vaiçya, né des cuisses, appartient au «peuple de la contrée» (viç). S'il doit prier et sacrifier, il est, avant toute chose, dévolu aux tâches de production et de commerce (cultivateur, artisan, commerçant, usurier).
Les membres de ces trois premiers varna hiérarchisés sont «deux fois nés», et une cérémonie symbolise cette seconde naissance. C'est pourquoi ils portent le cordon sacré.
• Le Sudra, né des pieds, est le serviteur des autres varnas (la hiérarchie n'est donc pas linéaire).

L'ordre du monde repose donc sur la distinction des activités comparable aux trois ordres de la société occidentale. Le varna (ou couleur), c'est avant tout la classe au stade primitif de la production.
Mais la classification est incomplète si l'on n'y inclut pas ceux qui sont de par leur naissance «intouchables», dont le contact est impur mais dont les fonctions impures sont indispensables à la marche du système. L'emploi du terme «intouchable» a été interdit par la Constitution, ainsi que les interdits traditionnels (en fait, de véritables persécutions) qui frappaient ces hindous. Gandhi leur attribuait le titre de harijan (fils de Dieu).
• Les intouchables font partie du système de castes, alors que les étrangers, les chrétiens, les musulmans sont véritablement des parias, hors du système, comme ceux qui ont dérogé aux lois de leur catégorie de naissance.

Les Jati

Les jati (ou «naissance») sont toutes rattachées à un varna. Chaque Indien naît, vit et meurt dans la jati, c'est-à-dire un groupe socioprofessionnel que l'on peut placer dans un des varna et dont les membres reconnaissent cette affectation (dans une conception du monde où chacun est à la place que lui ont value ses vies précédentes). C'est la corporation, qui a ses lois, ses coutumes, ses particularités. Celui qui exerce un métier en devient le propriétaire. Le travail se transmet de père en fils. La caste se crée par affinités (genre de vie, communauté d'intérêts). Elle implique un comportement social, des privilèges religieux, des interdits. Chaque jati a son tribunal, ses propriétés. Il pratique de préférence l'endogamie, pour éviter le démembrement de l'héritage. Les jati sont mouvants: il s'en crée, il en disparaît.
Les jati traditionnels ne correspondent plus aux professions actuelles (un «potier» peut devenir ingénieur) et ne correspondent pas non plus à des niveaux de vie (il y a des brahmanes pauvres et des intouchables ministres).
(Sources : Encyclopédie Yahoo)

 

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