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PARTIE I - IntroductionL'Évolution, une évidence observable
PARTIE IIIL'Embryologie, mémoire de l'évolution
Partie IVVestiges et Fossiles, traces de l'évolution
Partie VL'Anatomie comparée, les homologies
Partie VLes Imperfections de la Nature
Partie VIILes Gènes et Molécules
Partie VIIIL'Expérimentation
Partie IXLa Biogéographie
Partie X - ConclusionLes Spéciations

IMPERFECTIONS de la NATURE
Preuves à conviction de l'évolution

Autres PreuvesAutres preuvesAutres Preuves

 

Charles Darwin avait reconnu que la formation de l'oeil par l'évolution était difficile à admettre, aburde à supposer. Il n'arrivait pas à expliquer la formation de l'oeil, mais il précisa que « [... ] la difficulté d'admettre qu'un oeil complexe et parfait a pu être produit par la sélection naturelle, bien qu'insurmontable pour notre imagination, n'attaque en rien notre théorie. (* Charles Darwin, De l'origine des espèces, 1859 ) ».
Mais comment aurait-il pu expliquer cette merveille de la nature moins bien connue à son époque, sans bonnes notions d'embryologie ? L'oeil humain, mécanique complexe que n'égale pas la technologie actuelle, est souvent pris
par les créationnistes comme un exemple de perfection divine, inexplicable par l'évolution. Or, de nos jours, rien n'est plus faux. Beaucoup d'yeux d'animaux dépassent l'acuité visuelle de l'oeil humain ; et l'homme lui-même fabrique des récepteurs optiques bien supérieurs à l'oeil en beaucoup de points. Les yeux de l'homme, par ailleurs, sont loin d'être parfaits : essayez de voir, à l'oeil nu, les anneaux de Saturne ; de lire un livre d'images en couleurs une nuit sans lune ; ou de regarder nager les spermatozoïdes ...

Avant de développer la plus grave imperfection de l'oeil humain (l'orientation inversée des récepteurs sensibles à la lumière), arrêtons-nous un instant sur un vestige, un de plus, mais facilement observable sur l'oeil humain : sur le dessin en haut de page, une flèche nous montre le repli semi-lunaire, qui dépasse de quelques millimètres l'angle nasal et recouvre très partiellement l'angle de l'oeil. Cette membrane est le rudiment de la troisième paupière, ou membrane nictitante, que l'on peut observer, fonctionnelle et complètement formée, chez les oiseaux et les reptiles. Elle n'a plus aucune fonction chez l'homme, mais nous rappelle cependant notre passé reptilien. [voir d'autres vestiges]

Le montage boiteux de l'oeil des vertébrés

La rétine comporte plusieurs couches de cellules. La plus externe est celle des photorécepteurs. Viennent ensuite les bipolaires, qui forment avec les horizontales et les amacrines la couche des grains, et les ganglionnaires, dont les axones forment les fibres du nerf optique. L'organisation de la rétine est complexe: les connexions entre les diverses catégories de cellules et la nature des neurotransmetteurs libérés au niveau des synapses font l'objet d'études actuellement très poussées.
On subdivise les photorécepteurs en cônes et en bâtonnets, suivant la forme des structures qui portent le pigment photosensible. Il s'agit d'empilements membranaires, d'origine ciliaire : dans le cas des bâtonnets, de nouveaux saccules se forment à la base et le renouvellement est continu. Dans le cas des cônes, le renouvellement est plus complexe.
La proportion relative des cônes, permettant la détection de la lumière en fort éclairement, et des bâtonnets, à seuil bien plus faible, qui assurent la vision en "noir et blanc", varie d'un point à l'autre de la rétine. Chez l'homme, par exemple, la zone située sur l'axe optique comporte davantage de cônes que la périphérie, qui s'enrichit progressivement en bâtonnets. Il se forme ainsi une "tache jaune" due à la fois à l'absence de la couleur pourpre normale des bâtonnets et à la présence d'un pigment jaune. Fréquemment, cette même région centrale est déprimée en une fovéa, par écartement des neurones qui laissent ainsi plus facilement pénétrer les rayons lumineux.
Il ne faut pas oublier en effet que la rétine des vertébrés est inversée : la lumière doit traverser les diverses couches de neurones et les cellules photoréceptrices avant d'atteindre les cônes ou les bâtonnets !
Cette inversion, commune à tous les animaux à vertèbres, est un vrai handicap en cas de faible luminosité vu que les rayons lumineux sont, en plus, filtrés et amoindris par cette zone à traverser ; et divers mécanismes existent pour pallier à cet inconvénient. L'un d'entre eux, le "tapetum cellulosum" qui réfléchit et renvoie une partie de la lumière vers les photorécepteurs.

Par ailleurs, conséquence de cette disposition, les fibres du nerf optique, rassemblées en faisceau, devront traverser la rétine pour amener l'influx nerveux vers le cerveau : c'est le fameux « point aveugle » ou tâche aveugle, une petite région du champ visuel où l'oeil ne voit rien en raison de l'absence de photorécépteurs.

Chez les invertébrés, en revanche, tout est dans le sens le plus "logique" (efficace), et un animal comme la pieuvre possède des yeux aussi sophistiqués que les vertébrés, avec une excellente acuité visuelle, même dans les conditions de faible éclairement qui sont monnaie courante au fond des mers : La lumière traversant le cristallin est reçue directement par la partie sensible des photorécepteurs tapissant la rétine dans le "bon sens". Soit des rétines directes.
Leurs yeux sont, à bien des égards, similaires à ceux des vertébrés (mobile, mécanisme accomodateur, cristallin, etc.). C'est un exemple étonnant de convergence évolutive (*) où des éléments similaires remplissent la même fonction, mais ont une origine phylétique et un développement embryologique différents.

(*) Des éléments génétiques récemment découverts, gènes maîtres homologues, feraient maintenant plutôt pencher vers une très ancienne origine commune des yeux, précédant des évolutions différentes de ceux-ci, puis une évolution convergente pour certains taxons (mollusques/vertébrés) !
... Quoi qu'il en soit, le propos de cette page n'est pas d'épiloguer sur ce point précis.

Coupe de la rétine d'un oeil de vertébré:
Neurones intermédiairesCôneBâtonnet 
Saint Augustin

 

 

Choroïde

Vers le nerf optique 

 

« Pour qui " croit " en l'évolution, les imperfections de la nature sont beaucoup plus parlantes. Prenons l'exemple préféré des créationnistes : l'œil d'un vertébré. Il s'agit sans contredit d'un organe absolument remarquable, qui rivalise de complexité et de performance avec la plus haute technologie actuelle. Mais cet œil est affligé d'une imperfection criante.

En effet, les cellules sensibles de la rétine, soit les cônes et les bâtonnets, sont montées à l'envers. Ces cellules allongées ont une extrémité sensible à la lumière, alors que l'autre se prolonge en un filament nerveux qui transmet l'excitation lumineuse jusqu'au cerveau par le nerf optique. Or, l'extrémité sensible ne pointe pas vers l'extérieur de l'œil, comme elle le ferait dans une construction intelligente, mais vers le fond de l'œil. Cet arrangement crée trois inconvénients majeurs. D'abord, les filaments nerveux, et les vaisseaux sanguins qui y sont associés, constituent un voile qui couvre la rétine au fond de l'œil et qui atténue la lumière qui doit le traverser et qui doit traverser toute la longueur des cônes et des bâtonnets avant de toucher leur extrémité sensible. Le problème d'atténuation lumineuse est partiellement corrigé par l'existence, derrière la rétine, d'une surface réfléchissante, le tapetum lucidum, qui retourne vers les cônes et les bâtonnets une partie de la lumière qui les a traversés. On voit l'effet de ce miroir dans les yeux d'animaux nocturnes éclairés par une lumière dans la nuit.

Deuxièmement, tous les filaments nerveux courent sur la rétine dans l'œil et convergent vers un même point avant de plonger à travers la rétine pour constituer le nerf optique, qui va au cerveau. Cette disposition crée, au point de convergence, une tache aveugle, qui ne sert à rien, qui n'est qu'une conséquence néfaste du montage inversé des cônes et des bâtonnets. Enfin, comme les filaments sont tournés vers l'intérieur de l'œil, l'arrière de la rétine n'est pas retenu contre le fond du globe oculaire. Cette structure explique le décollement de la rétine qui afflige de nombreuses personnes.

L'œil des vertébrés aurait pu être autrement. En effet, dans l'œil de la pieuvre, qui globalement ressemble beaucoup au nôtre, les cellules sensibles sont montées à l'endroit. Si les nôtres sont à l'envers, c'est que nous venons d'ancêtres différents de ceux de la pieuvre et que, pour des raisons inconnues, les cellules sensibles à la lumière de nos ancêtres étaient tournées vers l'intérieur de ce que devaient être leurs yeux simples et primitifs. Ils nous ont transmis ce caractère, qui se révèle être un défaut, avec lequel nous devons composer, dans notre œil complexe et sophistiqué. Une telle imperfection flagrante dans un organe aussi spectaculaire ne peut découler que d'une évolution, contrainte par l'héritage du passé. Il n'y a rien comme une imperfection pour révéler la vérité. »

Extrait du livre « Le Miroir du Monde » de Cyrille Barrette
Avec son aimable autorisation
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L'organogenèse de l'oeil

L'organogenèse de l'oeil a été particulièrement étudiée chez l'amphibien, mais elle s'effectue à peu près de la même manière chez tous les vertébrés.
L'oeil résulte de la coopération d'éléments d'origines différentes, ce qui dénote de sa longue évolution dans le temps et de ses différentes étapes successives : la rétine, d'origine nerveuse ; le cristallin et la cornée, d'origine ectodermique ; les enveloppes et les vaisseaux sanguins, d'origine mésodermique .

Les ébauches des yeux sont d'abord, au stade neurula, deux saillies du cerveau antérieur, ou diencéphale, qu'on appelle vésicules optiques et dont la formation est due à l'induction du mésoderme sous-jacent sur la plaque neurale. L'ablation du mésoderme céphalique entraîne l'absence d'ébauches oculaires.
Au stade du bourgeon caudal, la face externe des vésicules optiques s'épaissit, puis se déprime en cupule. L'ectoderme appuyé contre la cupule s'épaissit à son tour, formant la placode cristalline. Celle-ci se détache de l'ectoderme et donne le cristallin. Au-dessus du cristallin, l'ectoderme aminci devient transparent et forme la cornée. Le feuillet externe de la cupule optique s'épaissit et constitue la rétine nerveuse où se différencieront les neurones photosensibles, tandis que le feuillet interne, resté mince, se chargera de pigments et donnera l'épithélium pigmentaire de la rétine.

Si la vésicule optique est excisée à un stade précoce, le cristallin ne se forme pas. En revanche, si l'on greffe une vésicule optique sous l'ectoderme ventral à la place de l'ectoderme céphalique en face de la vésicule optique, un cristallin se différencie : il y a induction d'un cristallin par la vésicule. L'ectoderme capable de répondre à cette induction est dit compétent. Il perd cette compétence avec le vieillissement de l'embryon au stade du bourgeon caudal. A son tour, le cristallin va être inducteur : il est responsable de la transformation du feuillet externe de la cupule optique en rétine nerveuse, tandis que le mésoderme environnant induit la différenciation de l'épithélium pigmentaire.

Coupe d'un oeil humain:
CristallinCorps vitré
Iris
Pupille
Cornée
Nerf optique
Fovéa
Vaisseaux sanguins
 Chambre antérieureRétine

 

ANNEXE HISTORIQUE
Lamarck et le Transformisme

Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck (1744 - 1829) fut le premier à avoir présenté en 1809 une théorie cohérente de l'évolution ; mais, contrairement à Darwin et bien qu'il ait représenté le monde animal sous forme d'un arbre, Lamarck s'intéresse plus à la transformation des espèces qu'a leur diversification. Ses observations sur les mollusques fossiles et actuels l'ont amené à penser que toutes les espèces évoluent dans le temps en progressant à partir de formes simples apparues par génération spontanée, les espèces deviennent de plus en plus complexes sous la double pression d'une tendance intrinsèque a la complexité et des changements de l'environnement qui créent des besoins nouveaux, auxquels les espèces répondent en s'adaptant. Cette théorie répond ainsi au problème de l'extinction des espèces en postulant que les espèces fossiles ne sont pas nécessairement éteintes, mais peut-être simplement transformées ; cependant, elle correspond essentiellement à une conception du XVIII siècle, et n'a pas la même puissance d'explication, ni la même portée taxinomique, que la théorie beaucoup plus élaborée et mieux étayée de Darwin. C'est peut-être ce qui explique son relatif échec, autant sinon plus que la vision romantique d'un précurseur génial en butte à l'incompréhension de ses contemporains obtus.

De la caserne à la théorie de l'évolution
Lamarck
dut abandonner la carrière militaire à l'âge de dix-neuf ans à la suite d'un accident stupide survenu au cours d'un chahut. Vivant d'une maigre pension et de petits travaux d'écriture, il se consacra alors presque exclusivement à sa passion pour la botanique, publia une Flore française qui fit référence et fut engagé en 1788 comme Garde des herbiers dans ce qui était alors le Jardin du Roi, à Paris. Lors de la transformation de ce dernier en Muséum national d'histoire naturelle en 1794, Lamarck (il avait alors 49 ans) abandonna la botanique pour occuper la nouvelle chaire traitant des groupes qui n'intéressaient personne d'autre, les invertébrés, dont l'étude le mènera à ses théories sur l'évolution (Philosophie zoologique, 1809). Professant des idées hardies mais, il faut bien le reconnaître, assez souvent mal étayées, républicain notoire quand la mode en était passée, il semble avoir été assez mal considéré de certains de ses collègues, malgré le prestige que lui avaient valu ses travaux descriptifs (Système des animaux sans vertèbres, 1801 ; Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 1815-1822) ; le discours venimeux prononcé par Cuvier au faîte de sa gloire sur la tombe de son collègue, mort pauvre et aveugle à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, en témoigne.
(S. Tillier, Encyclopédie du Règne Animal, Bordas, 1992

Rafael Terrón

 

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