| De
la Foi à l'Humanisme Laïque Approche
et Hypothèses psycho-neurophysiologiques, génétiques et éducationnelles
Michel
THYS - observateur « candide »
| Introduction S'il
est vrai que sur le plan politique, « la laïcité doit se dégager
d'un combat antireligieux qui date du temps où l'Eglise refusait les libertés
publiques » (Guy HAARSCHER), sur le plan individuel et collectif par contre,
en deçà des concepts politiques de religion et de laïcité,
bien des questions se posent : - Pourquoi existe-t-il une tolérance
passive et une tolérance active ? - Pourquoi certains ont-ils la foi,
et d'autres pas ? - Pourquoi ceux qui l'ont la perdent-ils souvent, et d'autres
pas ? - Pourquoi se cantonner à une approche exclusivement philosophique
de la foi ? - La foi a-t-elle une origine psychologique, neurophysiologique,
génétique, éducative ? - Pourquoi les sectes se développent-elles
? - Pourquoi les religions sont-elles source d'intolérance, voire de
violence ? - Pourquoi l'endoctrinement parvient-il à anesthésier
l'instinct de conservation ? - Pourquoi a-t-on tendance à occulter
le bilan négatif des religions ? - Un libre choix effectif des convictions
et un humanisme laïque sont-ils utopiques ? | 7
questions à propos de la tolérance (passive et active) De
nos jours, croyants et incroyants s'accordent pour dénoncer le dogmatisme
religieux et le cléricalisme, d'ailleurs en perte de vitesse spontanée.
Mais, au-delà de cette convergence, au nom de la " liberté
religieuse " ou de la " liberté de pensée ", les
uns et les autres estiment souvent, peut-être par facilité ou indifférence,
que la tolérance consiste à s'abstenir de tout commentaire, de toute
réflexion à propos de la religion, de toute critique surtout, et
a fortiori de toute remise en question des fondements de la foi et d'une liberté
religieuse effective. De fait, ces attitudes seraient intolérantes si elles
étaient systématiques, gratuites et non motivées. A
notre époque d'individualisme croissant, il est devenu " philosophiquement
correct " de ne pas s'engager, de se déclarer agnostique à
l'instar des scientifiques cohérents avec eux-mêmes, ou alors incroyant
mais surtout pas athée car on risque alors d'être qualifié
de croyant qui s'ignore (a-thée), à qui il manque une " case
" ou un gène, ou encore de passer pour un dogmatique ou un intégriste
laïque
Il
est dès lors plus commode et convivial d'en dire le moins possible, sauf
à admettre qu' est d'emblée respectable toute conviction sincère
qui procure réconfort, sérénité et sentiment d'appartenance
à une communauté. Certes, mais : 1.
N'est-ce pas perdre de vue que certaines croyances, non remises en question, surtout
si elles dérivent, méprisent parfois des valeurs humanistes, telles
que la dignité humaine ? 2. N'est-ce pas oublier aussi que toute conviction,
qu'elle soit religieuse ou philosophique, résulte d'un conditionnement
culturel précoce, a priori inconscient, et donc rarement remis en question
? 3. Dans la mesure du possible et sans prosélytisme, n'a-t-on pas
le droit, et le devoir, de faire prendre conscience, le cas échéant,
de ce conditionnement afin que chacun puisse, par un libre choix effectif, basé
sur des alternatives humanistes non aliénantes, assumer cette conviction,
la modifier ou la rejeter, en connaissance de cause et en fonction de sa sensibilité
? 4. L'idéal n'est-il pas en effet qu'une conviction soit le fruit
d'une réflexion personnelle, à partir d' options différentes,
plutôt que celui, non remis en question, de la tradition familiale, de la
facilité, du conformisme culturel et social et même, si souvent,
de l'indifférence
? 5. Notre société occidentale
est encore imprégnée de traditions judéo-chrétiennes,
et la croyance est plus sécurisante qu'un doute systématique. Pourtant,
toute conviction religieuse ou philosophique implique, tôt ou tard, un doute.
N'est-il donc pas utile, loin de chercher à convaincre l'autre, de vouloir
comprendre d'autres systèmes de valeurs, de s'éclairer mutuellement
en échangeant chacun son point de vue, et de chercher ainsi sa propre "
vérité ", par définition personnelle, partielle et provisoire
? 6. Et si la tolérance, c'est donner à l'autre le droit d'exprimer
autre chose que ce que l'on voudrait entendre dans son for intérieur, n'est-ce
pas aussi réclamer de l'autre les mêmes droits pour soi, dont celui
de combattre ses idées si l'on estime qu'il ne respecte pas les droits
d'autrui ? 7. La tolérance ne doit-elle pas, en définitive,
ne s'appliquer qu'aux individus, évidemment toujours dignes de respect
- et ce d'autant plus s'ils sont à la recherche de valeurs communes - mais
pas nécessairement à leurs idées, toujours susceptibles d'être
soumises à la critique ? Même
si l'on buttera inévitablement sur une ou plusieurs pierres d'achoppement
philosophiques : par exemple considérer que la révélation
échappe à l'entendement humain, ou que Dieu est présent dans
tout ce qui existe (panthéisme, animisme
) et qu'il régit
nécessairement l'évolution dans le sens d'un progrès (déterminisme,
anthropomorphisme), ou encore tout ce qui implique la soumission à un Seigneur
( la prière, le péché, la confession, etc.). Cela va
évidemment clore le dialogue, mais il aura eu le mérite d'avoir
eu lieu et d'avoir permis de mieux se comprendre, de s'apprécier et donc
de se rapprocher dans toute la mesure du possible. Bilan
négatif des religions Au
niveau mondial, une immense majorité de croyants pratiquants (chrétiens
- notamment américains -, juifs et surtout musulmans), non informés
et baignant constamment dans leur religion, ne doutent pas un seul instant de
l'existence d'un dieu omniprésent, devenu parfois plus social que religieux.
Par contre, dans toutes les démocraties modernes, l'Eglise a perdu son
emprise sur la vie morale des individus, la laïcisation progresse et le christianisme,
malgré son message d'amour, décline de plus en plus. Les lieux
de culte se vident, chacun préférant se concocter un amalgame de
croyances, à moins de se faire harponner par les sectes, expertes en récupération,
prosélytisme, abus de faiblesse et manipulation mentale, lorsque l'astrologie
et les superstitions ne s'avèrent pas assez sécurisantes. Mais
pourquoi tant d'éminents scientifiques et intellectuels, actuels ou anciens,
tels qu'EINSTEIN, TEILHARD DE CHARDIN, Dr Alexis CARREL, Albert JACQUARD, Paul
CLAUDEL, etc
au courant pourtant de l'existence d'alternatives humanistes
non aliénantes (déisme, agnosticisme, incroyance, athéisme,
libre pensée, franc-maçonnerie,
) sont-ils restés marqués
par la foi de leur enfance, ont-ils accepté d'entériner un dieu
anthropomorphique et ont-ils été apparemment insensibles au bilan
négatif des trois religions monothéistes, aussi bien historiquement
que sur le plan individuel et collectif ? Peut-être parce que l'intelligence,
l'intellect et l'esprit critique sont parfois subjugués par l'affectif
Très
brièvement, résumons quelques-uns des reproches que l'on peut adresser
à ces trois religions, même si elles tentent péniblement d'évoluer
pour s'adapter à notre époque : - leur prétention de
détenir non seulement l'apanage de la spiritualité mais aussi LA
vérité et LE seul vrai dieu, ce qui, s'ajoutant aux causes économiques,
ne pouvait qu'engendrer exclusions, intolérance, guerres et dérives
idéologiques dictatoriales (stalinisme, nazisme) dont l'athéisme
dogmatique et l' intolérance s'expliquent peut-être par l'influence
du milieu religieux initial de leurs fondateurs ; - leur faible aptitude,
par rapport à la morale laïque, encore trop souvent muselée,
à développer l'esprit critique, la conscience morale et à
inspirer le respect de la vie humaine et celui de la différence ;
- la position rétrograde, surtout de l'Eglise catholique et de l'Islam,
dans le domaine de l'éthique ; - la rédaction tardive, souvent
modifiée et manipulée des évangiles, même si l'historicité
de Jésus semble à présent admise, nonobstant l'hypothèse
d'un amalgame possible entre différents personnages ; - le lourd passé,
encore présent à des degrés divers bien que déguisé,
d'obscurantisme, de puritanisme, de dogmatisme, d'intolérance, de culpabilité,
de mépris des femmes, d'hypocrisie, de prosélytisme, etc. -
les incitations à la soumission qui, au pire, vont jusqu'à l'appel
au meurtre, si l'on prend à la lettre certains textes fondateurs de religions
et qui, au mieux, s'expriment notamment par la confession des péchés
et la prière adressés à un " Seigneur ", ce qui,
aux yeux d'un incroyant, peut sembler incompatible avec l'acquisition de l'esprit
critique, de l'autonomie, de la responsabilité individuelle et des valeurs
humanistes. Même le bouddhisme, religion sans dieu, immobiliste et substitutive
aux religions monothéistes, constitue un piège, notamment par la
croyance en la réincarnation. Les erreurs dramatiques inhérentes
aux conceptions éthiques rétrogrades et même criminelles (sida
!) de Jean-Paul II ont, par une salutaire réaction, provoqué une
saine hémorragie de catholiques. Tout indique qu'elle se poursuivra
sous Benoît XVI dont les intentions d'ouverture vers les autres religions
et vers les incroyants sont en contradiction avec ses dires et ses écrits.
Il est trop engagé et trop âgé pour vraiment changer d'avis
et donc pour lâcher du lest. Le refus de Rome de s'adapter à
la modernité, à l'instar de l'Islam, aggravera leur conflit. Mais
la libération réactionnelle des consciences se poursuivra. La pratique
religieuse et l'évangélisation seront certainement révisées
et renforcées, sans doute à la manière très vivante
des pentecôtistes, surtout auprès des jeunes, dont " Jean-Paul
II super star " avait compris et exploité l'absence de repères,
la disponibilité et la malléabilité. Puissent-ils découvrir
un jour qu'il existe une alternative humaniste laïque comportant une forme
de spiritualité non aliénante, permettant de trouver soi-même
le sens à donner à l'existence, hic et nunc. Hypothèse
sur l'origine psychologique de la foi Les
inquiétudes métaphysiques et la recherche d'un sens à donner
à l'existence relèvent traditionnellement de la réflexion
philosophique. Mais depuis quelques années, l'observation scientifique
des faits psychologiques, neuro-physiologiques et génétiques apporte
un éclairage nouveau et permet de mieux comprendre l'émergence,
les variations ou la pérennité de la croyance. Leur
biographie montre que tous les intellectuels et scientifiques croyants, comme
tout un chacun, ont un point commun : ils ont tous reçu une éducation
religieuse, ou alors subi des influences judéo-chrétiennes ultérieures,
ou très exceptionnellement, réagi a contrario à une éducation
laïque trop exclusive. Il est vrai que de nos jours, les musulmans et la
majorité des Américains exceptés, l'individualisme aidant,
l'on s'affranchit de plus en plus de son éducation religieuse. Par autodéfense
lorsqu'elle a été traumatisante, ce qui devient rare, mais parfois
péniblement et pas toujours intégralement (cfr les obsèques
religieuses). Par contre, pourquoi chez certains, cette éducation parvient-elle
à exclure apparemment toute remise en question, au profit de certitudes
définitives ? La
toute puissance de l'éducation religieuse a été notamment
démontrée - paradoxalement - par l' ouvrage, paru en 1966, "
Psychologie Religieuse" du R.P Antoine VERGOTE, professeur à l'Université
catholique de LOUVAIN. Il y explique les motivations psychologiques de la foi
et l'influence du milieu familial et culturel. Il reconnaît qu'en l'absence
d'éducation religieuse, la foi n'apparaît pas ! Il écrit :
" La disponibilité religieuse de l'enfant
ne prend forme qu'à la condition d'être précocement éduquée
" (
) " Les gestes et le langage religieux des parents, (
)
la célébration des fêtes religieuses marquent de façon
indélébile les souvenirs d'enfance de nombreux adultes et déterminent
leurs sentiments d'appartenance religieuse ".Si Dieu est au départ
" un Père protecteur, substitutif et agrandi
" ( la " foi du charbonnier "),il importe qu'il devienne
" authentique, épuré, présence
opérante du Tout-Autre ". De plus, la foi implique
un " doute ",
un " consentement ",
elle est " une passion, une
souffrance acceptée,
". Ce
théologien-psychologue ne va quand même pas jusqu'à émettre
l'hypothèse que Dieu pourrait n'"exister" que par l'aptitude
du cerveau humain, seul capable de parole et de création, à imaginer
par anthropomorphisme, ce père protecteur compensant ses insuffisances
à tous égards. Déjà sans doute à l'époque
des hominidés lorsqu'ils tentaient d'apaiser la colère des dieux
par des sacrifices ; et de nos jours en réponse d'une part aux inquiétudes
métaphysiques,- essentiellement induites et amplifiés par l'éducation
religieuse -, et d'autre part au besoin de donner un sens spirituel à l'existence,
(à savoir, pour simplifier, le salut éternel, dans le cas des religions
et, dans le cas des sectes, l'intensité de la vie présente ).
Dans cette optique excluant toute projection anthropomorphique, le " bien
" et le " mal " (qui n'existent pas dans la nature) sont aussi
des créations de l'esprit et leur apparente contradiction constitue dès
lors un faux problème. Ces notions résulteraient plutôt de
l'éducation, plus ou moins " humanisante ". Statistiquement,
l'apostasie est d'autant plus rare que le milieu est religieux. De plus, renoncer
à la croyance en Dieu prend souvent longtemps et devient plus rare, plus
difficile voire impossible après l'âge de plus ou moins 27 ans, le
cerveau étant alors neurologiquement formé et les grandes options
philosophiques étant prises (mais peut- être aussi par crainte de
se déstabiliser, ou par amour-propre, ou pour préserver son statut
professionnel ?). Il faut en outre que ce dieu n'inspire plus aucune crainte,
et qu'on ose lui lancer l'argument décisif que cite Paul DANBLON : "
Dieu, SI tu existes, j'ai un uf à peler avec toi, qui "permets"
la mort des enfants" ! Il
est certes impossible de prouver scientifiquement ou philosophiquement l'existence
ou l'inexistence de Dieu, mais il devient raisonnable de penser que la psychologie,
la neuro-physiologie, et la génétique établiront son existence
imaginaire. Ce qui n'enlèverait évidemment rien au droit de croire
en Dieu, mais ce choix aurait alors de meilleures chances d'avoir été
réellement libre et donc effectif, surtout si les parents et les éducateurs
croyants s'abstiennent d'influencer les enfants par leurs " gestes religieux
", etc. Hypothèse
sur l'origine "neuro-théologique"
de la foi Cette
nouvelle " science " en plein essor cherche à localiser le support
neurologique du sentiment religieux, indépendamment de ses origines psychologiques
et génétiques. Ces dernières années en effet,
des localisations cérébrales de la sensibilité religieuse,
dans certaines régions du cerveau, ont été observées
par de nombreux psycho et neurophysiologistes, le plus souvent américains
et canadiens croyants, espérant consciemment ou inconsciemment trouver
l'antenne, le récepteur que Dieu y aurait placé
(à
croire qu'ils ne sont pas conscients que ce raisonnement anthropomorphique constitue
une pétition de principe
!). Citons notamment : -
RAMACHANDRAN " Le Fantôme intérieur ", Ed. Odile
Jacob. 2003, - Mario BEAUREGARD, dont les expérimentations sont toujours
en cours, - Patrick JEAN-BAPTISTE, Français incroyant, " La
Biologie de Dieu ", ED.Agnès Viénot, 2003, - Antonio
R. DAMASIO, " L'erreur de Descartes ", Ed Odile Jacob, 2001,
Leurs observations n'impliquent évidemment rien quant à l'existence
ou à la non-existence de Dieu, l'une et l'autre étant d'ailleurs
indémontrables. Sauf peut-être son existence imaginaire. Les sciences
ne sont d'ailleurs pas habilitées à tirer des conclusions philosophiques,
mais elles y incitent... On
sait que Saint Paul, Mahomet, Dostoïevski, Bouddha, Jeanne d'Arc
étaient
épileptiques, du lobe temporal gauche. Mais, comme rappelé dans
" Sciences et Avenir " de juin 2001, "
la teinte religieuse d'une crise dépend du contexte culturel du malade
" et d'autre part, selon Jeffrey SAVER et John RABIN : "
Il n'existe aucune structure propre au discours religieux dans l'hémisphère
gauche, à sa teneur prosodique ou émotionnelle dans l'hémisphère
droit, ou aux discussions scolastiques ou talmudiques dans le lobe frontal. Le
substrat neural de la prépondérance d'une pensée ou d'un
affect est donc l'ensemble du cerveau ". De
fait, ce sont les interconnexions entre les deux hémisphères, et
celles entre le cortex et les zones sous-jacentes du " cerveau affectif "
(système limbique, hypothalamus commandant le système hormonal,
) qui sont responsables de l'équilibre fonctionnel du cerveau. Son
fonctionnement, d'une complexité inimaginable, est la résultante
d'influences multiples : génétiques, neuronales, éducatives
(mémoire cognitive, mémoire affective), hormonales, etc
en
équilibre instable. On
peut s'attendre à bien des découvertes et observations qui seront
faites lors et à la suite de traumatismes crâniens, d'opérations,
de maladies, de stimulations par les techniques d'imagerie ( résonance
magnétique fonctionnelle et tomographie par émission de positons),
ainsi que par le biais des nombreuses substances agissant sur les neurotransmetteurs
(dopamine, sérotonine, ocytocyne...) et affectant non seulement la sensibilité
religieuse, l'extase mystique, etc
mais aussi l'imagination (si c'est elle
qui " crée " Dieu), la sensibilité musicale (cfr la "
conversion " de Paul CLAUDEL - ancien croyant ! - en entendant le Magnificat,
le " coup de foudre " amoureux, et autres sentiments exacerbés
qui peuvent faire " disjoncter " le cerveau rationnel -conscient - au
profit du cerveau affectif - inconscient-). Curieusement,
l'ensemble des neurophysiologistes croyants ou déistes reconnaissent que
" la teinte religieuse d'une crise (épileptique) dépend du
contexte culturel du malade ", mais aucun, semble-t-il, ne s'interroge sur
l'influence de l'éducation religieuse sur les convictions des bien-portants,
dont ils font évidemment partie. Certains, outre Atlantique, envisagent
même sérieusement la possibilité, dans un avenir proche, de
contrôler à distance le cerveau humain, par de puissants émetteurs
magnétiques, et de parvenir ainsi, au mépris de l'éthique,
à le rendre croyant ou athée ...!! Hypothèse
sur l'origine génétique de la foi Complémentairement
à l'approche psychologique et neurophysiologique de la foi, l'intervention
d'un facteur génétique est probable, mais encore quasi inconnue. En
application de la première loi naturelle, tout être vivant, et donc
l'humain, " se tourne " vers ce qui lui procure le plus grand bien-être,
par exemple la description CHATEAUBRIAND voulant prouver l'existence de Dieu par
la description d'une belle nuit d'Amérique,
ou le Dr Alexis CARREL
qui " sentait Dieu aussi simplement que la chaleur du soleil ".
Mais il se tourne aussi vers ce qui lui procure la plus grande sécurisation,
en réponse à la peur de l'inconnu : se trouver en état de
faiblesse ou en danger de mort, notamment en temps de guerre, ou comme Eric-Emmanuel
SCHMIDTT sous le firmament glacial du Sahara, provoque un bouleversement affectif
tel, que le recours à un dieu salvateur (dont même un athée
a une connaissance intellectuelle), est très compréhensible et légitime.
A moins peut-être d'avoir appris à supporter sereinement les incertitudes,
d'avoir développé la force intérieure nécessaire et
d' expliquer le déterminisme apparent par l'influence adaptative de millions
d'années sur l'évolution animale. La
psychophysiologie de notre cerveau affectif s'est peut-être adaptée
génétiquement au cours de l'évolution, comme pour disposer
d'un mécanisme de défense hédoniste, imaginaire et illusoire,
dénommé " Dieu ". Comme l'a écrit le professeur
de DUVE dans "A l'écoute du vivant" : "
La foi n'aurait pas son pouvoir sans la crédulité humaine, probablement
retenue par la sélection naturelle (
). Fort probablement, les groupes
humains qui croyaient en quelque chose avaient-ils plus de chance de survivre
et de propager les leurs que ceux qui ne croyaient en rien. Que l'objet de leur
croyance fût, ou non, vrai était sans importance ". Mais
depuis que le génome humain a été décrypté,
il semble que des neuro-scientifiques américains et canadiens, plus soucieux
de sensationnalisme que d'objectivité scientifique, pêchent par simplisme
: à en croire Steve PINKER et Francis CRICK, on a déjà
" identifié le gène qui fait qu'un être possède
ou non le sentiment religieux "
! On se croirait revenu à
l'époque de la découverte des diastases (on dit à présent
enzymes) lorsqu'on aurait bien expliqué le fonctionnement des horloges
par une " horlogease "
! Ils vont même jusqu'à
écrire que " la conduite sociale, les conceptions philosophiques et
religieuses, la préférence sexuelle, le sentiment d'honnêteté,
même le choix d'un style de musique sont définis par les circonvolutions
nerveuses et la répartition de la matière grise dans les différents
domaines du cortex (
). " Ils perdent ainsi de vue l'infinie complexité
du cerveau humain, l'équilibre instable entre le " cerveau affectif
" et le " cerveau rationnel ", notamment par les connexions entre
le cortex et le système limbique sous-jacent, qui gère les émotions
, le système hormonal, les neurotransmetteurs, etc. De plus ils nient
ou discréditent totalement le rôle de l'éducation ! Comme
si une thèse excluait d'office celle qui lui est contraire, alors qu'elles
sont complémentaires. Il
est vrai que, selon les espèces animales, la vision des couleurs ou la
perception de certains sons dépendent de la présence d'un gène,
mais ce sont des phénomènes observables et mesurables, contrairement
à Dieu
La
conception précédente, selon laquelle nous sommes la résultante
de facteurs à la fois génétiques, congénitaux et acquis,
reste valable, dans une proportion qui reste à déterminer. Mais
l'acquis est sans doute prédominant, du moins si l'on a "foi"
en l'homme, c'est-à-dire si l'on a confiance en sa capacité de perfectionnement
à tous égards, lorsqu'il se trouve dans un milieu culturel et humain
favorisant son épanouissement et son esprit critique. Hypothèse
d'une imprégnation affective de l'éducation religieuse La
fréquente pérennité des attitudes religieuses doit avoir
une explication, un support neurologique. Le cerveau de l'enfant étant
encore, aux instincts près, totalement vierge, l'éducation religieuse
précoce, forcément affective (puisque fondée sur l'exemple
et la confiance envers les parents), doit nécessairement laisser
des " traces " neuroniques non seulement dans les hémisphères
(lobes temporaux et frontaux) mais aussi et avant tout dans le système
limbique, l'hypothalamus,
en bref dans le " cerveau affectif ",
traces mnémoniques analogues à celles laissées dans le cortex
par l'acquisition du savoir. Le psychologue religieux Antoine VERGOTE l'a observé
: " La disponibilité religieuse de l'enfant ne prend forme qu'à
la condition d'être précocement éduquée " (
)
" Les gestes et le langage religieux des parents, (
), la célébration
des fêtes religieuses marquent de façon indélébile
les souvenirs d'enfance de nombreux adultes et déterminent leurs sentiments
d'appartenance ". Seule l'explication neurophysiologique en est encore au
stade des hypothèses. Ce
n'est pas par hasard si, depuis toujours dans les lieux de cultes, nos cinq sens
sont sollicités : (encens, décorum, orgue, chants rythmés,
hostie, vin de messe, onction, attouchement sur le front
). Tous ces
messages sensoriels transitent par le " cerveau affectif " (l'hippocampe)
avant de parvenir au cortex. Se pourrait-il donc que, du fait notamment des
connexions entre le cerveau rationnel et le cerveau affectif, différentes
selon les individus, et celles entre les deux hémisphères, différentes
chez les hommes et chez les femmes, ces traces d'éducation religieuse puissent
hypothéquer, plus qu'on ne le pense, l'acquisition ultérieure de
l'esprit critique, de la liberté de pensée et du libre choix ultérieur
des convictions ? Cela permettrait par exemple de comprendre pourquoi statistiquement
plus de femmes que d'hommes éprouvent des sentiments religieux. A des degrés
divers évidemment selon que le milieu socioculturel favorise ou non le
développement de l'intellect, de l'intelligence et donc de l'esprit critique
qui permettent en principe de faire prendre conscience des influences génétiques,
hormonales, affectives, éducatives, culturelles,
qui grèvent
la liberté individuelle. Sauf
évidemment si, refusant de chercher à comprendre - ce qui reste
un droit - l'on considère la foi comme un mystère relevant d'un
autre registre, qui échappe donc à l'entendement humain. Dans
ce cas, en l'absence d'alternative et sans esprit critique préalable, n'est-il
pas légitime de se demander si une liberté religieuse e f f e c
t i v e existe encore ? (cfr les jeunes musulmanes prétendant avoir choisi
de porter le voile islamique imposé par leur père ..). A moins
que cette liberté ne soit qu' illusoire, ou rarissime, comme en témoigne
statistiquement le nombre infime de musulmans qui sont " libéraux
et progressistes " sincères. Les mots " laïque " ou
" athée " sont d'ailleurs intraduisibles en arabe, et donc inconcevables,
excepté pour ceux et celles qui comprennent une langue dans laquelle ces
mots ont un sens. A noter que les Etats-Unis ne comprennent pas non plus
le mot " laïcité "
En
toute logique, toutes religions et sectes confondues, si l'hypothèse d'une
" imprégnation affective " s'avérait fondée, l'éducation
religieuse, du moins aux yeux de certains incroyants, pourrait donc constituer
dans le chef des parents et des éducateurs religieux, bien que sincères
et de toute bonne foi jusqu'à preuve du contraire, une malhonnêteté
intellectuelle et morale inconsciente
Ne leur en déplaise
Certes, très légitimement, croyants comme incroyants, nous influençons
tous nos enfants, mais les deux styles d'éducation ne sont pas comparables
: il n'est pas indifférent ni équivalent d'affirmer l'existence
d' une " puissance supérieure " ou de s'en abstenir (en donnant
alors des alternatives), puisque cette puissance supérieure, quel que soit
son nom, pourrait n'être qu'imaginaire et illusoire, ce qu'ils risquent
fort de découvrir rapidement, au prix de doutes pénibles
" Ils choisiront plus tard
! " semble dès lors une
justification pour le moins contestable. L'enseignement
confessionnel ( ghetto anachronique ?
)
N'est-il pas temps de repenser et d'adapter la Constitution,
à propos de la liberté d'enseignement ? Alors que la pratique religieuse
en Belgique ne cesse de décroître ( elle tend vers10 %), comment
se fait- il que 50 à 60 % des élèves soient encore dirigés
vers l'enseignement confessionnel, pour le moins suspect de continuer à
modeler - hypocritement - les jeunes esprits ? Il est vrai qu' il se veut
à présent plus ouvert et plus libéral, récupérant
même certaines valeurs laïques. Mais en fait, indépendamment
des convictions et au-delà de raisons telles que la proximité, il
semble que bien des parents de niveau socioculturel élevé optent
pour l'enseignement confessionnel dont le niveau moyen leur paraît supérieur
à celui de l'enseignement officiel, non élitiste lui. Feu le
Professeur Paul OSTERRIETH, dans " Faire des Adultes " en 1964 était
conscient de cette " sélection socioculturelle " préalable,
à propos des humanités classiques. Une émission telle
que " Génies en herbe " l'a régulièrement confirmée. En
attendant que se réalise la séparation de l'Eglise et de l'Etat
dans toutes les institutions et que l'on considère enfin la religion comme
une affaire privée, il faudrait commencer par changer la Constitution afin
que tout enseignement dispensé aux frais de la collectivité (officiel
et " libre ") soit mixte et pluraliste, (pour autant qu'un consensus
sincère et honnête sur le sens de ces concepts soit réalisable). A
terme, ne fût-ce que par souci d'économie, l'idéal ne serait-il
pas que les deux réseaux commencent par cohabiter dans les mêmes
bâtiments, avant de fusionner enfin en un réseau unique où
il n'y aurait même plus de cours de religion (ceux-ci se donnant dans les
lieux de culte), mais seulement - et pour tous - un " cours " d'humanisme
englobant en priorité l'apprentissage de TOUS les aspects des relations
humaines et de la vie en commun. N'est-ce pas la seule manière de remédier
préventivement aux drames humains et sociaux de notre époque ? (60
% de divorces ou séparations, délinquance juvénile, drogue,
suicides, etc
), Viendraient ensuite l'analyse critique des problèmes
sociétaux et mondiaux, la morale, l'étude des religions, des autres
options philosophiques, de la démocratie, des options politiques, des idéologies,
des sectes, des nationalismes, de l'écologie, etc
En bref, apprendre
à penser, à être libre et ouvert au monde. Quitte à
moins approfondir certains cours généraux, souvent calqués
sur des modèles datant du 19e siècle ! Il faudrait enfin parvenir
à rehausser le niveau de l'enseignement officiel et tendre vers un "
nivellement par le haut ", afin que tous les élèves, quel que
soit leur lieu de résidence et leur milieu socioculturel, puissent démocratiquement
se retrouver et que se crée ainsi une émulation positive et une
vraie citoyenneté. Quant
à l 'éducation religieuse musulmane, tant qu'elle restera inféodée
à un texte aussi dogmatique, inégalitaire et intolérant que
le Coran, lorsqu'il est pris à la lettre, et à des interprétations
obsolètes voire fondamentalistes, l'éducation religieuse musulmane
freinera l'évolution vers un Islam laïque, ou au moins laïcisé,
et vers l'intégration de plus d'un milliard de musulmans, aussi pacifiques
soient-ils, dans la modernité. Pire, elle retardera le dialogue interculturel
et la recherche d'un consensus de valeurs communes acceptées par tous (
respect de l'homme, de la femme, de l'enfant, liberté de pensée,
tolérance, intégration
). N'est-il pas navrant de se rappeler
que du 7e au 13e siècle, en Espagne, l'Islam était une culture pleine
d' ouverture humaniste et d'interrogation critique ? Mais la folie des hommes
et l'usure du temps ont fait leur uvre : tout est à reconstruire
Quant aux traditions islamiques incompatibles avec la dignité
humaine (mépris des femmes, excisions, circoncision ...) et pour lutter
plus efficacement contre la propagande islamiste potentiellement terroriste, qui
sont intolérables et imperméables au dialogue humaniste, il faudra
bien légiférer, à moins d'accepter par laxisme de se laisser
piéger par nos propres valeurs, - récupérées -, à
défaut d'une alternative préventive. Comment
prévenir la violence ? Quasi
plus personne ne l'envisage, même à long terme, tant cela paraît
titanesque voire utopique. Et pour cause : génétiquement et
dans un certain contexte culturel et affectif, nous sommes tous virtuellement
capables de haine et de violence, à des degrés divers selon l'inné
et l'acquis de chacun. A l'instar des autres espèces animales, la
nôtre " se tourne " vers ce qui lui procure du bien-être,
ou alors elle fuit (ou attaque, à moins qu'elle n'inhibe - cfr LABORIT
- ) ce qui lui fait peur ou lui est nuisible. Pourquoi ce mécanisme
de défense, a priori légitime, ou l'instinct de reproduction, sont-ils
susceptibles de dériver parfois en hypertrophie de l'égoïsme
(narcissique, raciste et mégalomane dans le cas d'Adolf Hitler) et d'anesthésier
tout sens moral, tout sentiment et tout remord à l'égard d'autrui
(cfr Dutroux, Fourniret) ? Mis
à part certaines maladies mentales ou lésions cérébrales
accidentelles, ou encore un passé traumatisant non récupéré,
c'est peut-être, (mais l'a-t-on suffisamment compris ?), parce que la conscience
morale, le sens des valeurs, le respect de l'autre et de sa différence,
loin d'apparaître spontanément, ne s'acquièrent que par une
éducation adéquate, " humanisante ", fondée essentiellement
sur l'apprentissage des limites et du respect, sur l'exemple des éducateurs,
sur des expériences affectives, vécues ou suggérées
par empathie, parfois a contrario, sur l'autonomie, l'esprit critique, et sur
la responsabilité individuelle. Hélas, cette morale laïque,
limitée à de rares pays européens, est trop récente
et mal connue parce qu'elle se refuse à tout prosélytisme.
Mais à long terme, elle devrait logiquement succéder aux morales
religieuses, encore basées sur la soumission à des impératifs
non discutables. Les pays européens heureusement se laïcisent de plus
en plus et ne sont donc pas comparables aux Etats-Unis, chrétiens évangéliques
capitalistes, ni aux pays musulmans, économiquement faibles - hormis quelques
privilégiés - et redoutant la modernité, ce qui entretient
leur antagonisme. Vivant hélas avec des oeillères, ces pays
à populations philosophiquement rétrogrades sont hors d'atteinte
de nos médias qui dénoncent le prosélytisme croissant des
religions et des sectes, ainsi que les risques de dérives fanatiques voire
terroristes. Atténuer le choc des civilisations : telle sera la gageure
du 21e siècle. Sous nos latitudes, les observations sociologiques
indiquent qu'il ne sera pas religieux, André MALRAUX dût-il se retourner
dans sa tombe
Puisse seulement ce siècle tendre vers un peu plus
d'humanisme ! Mais
la folie des hommes, leur besoin d'autoprotection et le poids des traditions étant
ce qu'ils sont, il est à craindre que plusieurs dizaines d'années
soient nécessaires pour que se concrétise une évolution des
mentalités, au moins vers une religiosité réellement choisie,
là où la croyance est la règle, et ailleurs in fine, vers
une morale et un humanisme laïques, découverts et acceptés
comme alternatives au sens à donner à la vie, puisque fondés
sur la confiance en l'homme et la recherche de valeurs humanistes communes ( respect
" sacré " de la dignité de l'homme, de la femme, de l'enfant,
solidarité, tolérance, volonté de conciliation
). Sauf
aux Amériques, en Afrique et dans les pays musulmans, où un siècle
au moins sera nécessaire, puisque les croyants de ces pays ne font rien
pour empêcher leurs fanatiques de dériver vers le terrorisme. Ailleurs,
il faudra toujours dénoncer les tentatives hypocrites de récupération
des Eglises en perte de vitesse, qui ne manqueront pas de profiter des lacunes
de la Constitution européenne pour accroître leur domination sur
les croyants déboussolés et même pour tenter de ramener les
incroyants dans le troupeau. Mais le pire danger provient des sectes et des
chrétiens évangéliques qui, grâce à la permissivité
de la Constitution américaine, conserveront le droit de déstabiliser
les croyants, déçus ou non, la foi constituant un terreau favorable
à la soumission, et même les incroyants européens, pour les
faire entrer en leur sein, sans qu' ils puissent en ressortir, pour les ponctionner
de leurs biens, les dépersonnaliser
Il y a aussi notamment la secte
des raéliens, ces faux athées qui tentent hypocritement de récupérer
les incroyants en dénonçant les religions monothéistes, sans
se rendre compte (?) qu'en croyant à notre création par des extra-terrestres,
et à leur retour, ils font de la " Science " une nouvelle religion
anthropomorphique ! En Europe, où les sectes à présent se
camouflent, ces scandales dureront tant que ne seront pas sanctionnés l'abus
de faiblesse et la manipulation mentale, ce qui nécessitera un volonté
politique commune de la laïcité et des religions, une fois n'est pas
coutume. Michel
THYS le 24 octobre 2005 ¬
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Quelques
indices suplémentaires, page Science - Dogmes |